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« NOUS EN SAVONS DAVANTAGE QUE LES BOURREAUX »

lundi 30 octobre 2006, par Pascal Fenaux

À l’occasion de la semaine « Artistes pour Amnesty », Inge Genefke, directrice de l’International Rehabilitation Council for Torture Victims (IRCT) était à Bruxelles. Responsable de la section danoise d’Amnesty, le docteur Genefke fut l’une des premières à répondre à l’appel lancé par AI il y a 33 ans auprès du corps médical pour lutter contre la torture. Le film Secret Life of Words (*) est largement inspiré de sa biographie. Rencontre.

Vous avez fondé en 1982, à Copenhague, le Rehabilitation and Research Centre for Torture Victimes (RCT). N’est-il pas assez surprenant qu’il ait fallu attendre les années 70 pour que la torture devienne un enjeu politique ?

Il a fallu attendre cet appel pour que des initiatives institutionnelles commencent à se coordonner. Ce qui m’a personnellement et davantage motivé, c’est d’avoir vécu la Seconde guerre mondiale et qu’avec un père résistant anti-nazi, j’ai malheureusement été très tôt confrontée à la torture et à ses conséquences souvent insoupçonnées. Alors, lorsqu’il a été question de mettre mes connaissances médicales et neurologiques au service de la lutte contre la torture, je n’ai pas longtemps réfléchi. Très vite, il s’est avéré qu’il y avait une absence presque totale d’expertise et que la torture n’était tout bonnement pas prise en compte pour évaluer les demandes d’asile et les besoins médicaux et psychologiques des candidats réfugiés. C’est ce qui a poussé à la création en 1982 du RCT, un organisme d’abord strictement danois et orienté vers le territoire du Danemark, mais qui s’est ensuite « internationalisé » via la fondation de l’IRCT.

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Inge Genefke,avant sa conférence à l’ISELP, dans le cadre de la semaine « Artistes pour Amnesty », en septembre dernier. © Bruno Brioni

Quels ont été les apports du RCT et de l’IRCT à la lutte contre la torture ?

Nous sommes petit à petit parvenus à faire comprendre que la torture n’était pas que physique et que, surtout, elle n’était pas qu’affaire de génération. D’un point de vue politique, la torture (et non plus la seule crainte pour la survie d’un individu) est devenue un critère de régularisation. Par ailleurs, du point de vue de notre réseau d’ONG, nous sommes parvenus à cerner de plus en plus près le fait que certains traumatismes consécutifs à la torture se transmettaient sur plusieurs générations. D’où un cadre thérapeutique « holistique » qui implique les victimes, leurs descendants et leurs proches. D’où, également, une approche qui mêle technicité et psychologie.

Vos initiatives ont-elles eu un impact sur le plan du droit international ?

Nous sommes en droit de considérer que notre travail, en fournissant un matériau à AI et à certains États, a permis que la Convention de l’ONU contre la Torture, bouclée en 1984, soit ratifiée par 142 États et entre vigueur en 1987. Ce long travail contre l’impunité est également à la base de la création de la Cour pénale international (CPI). Toutefois, le climat politique de ces 5 dernières années a un impact négatif. Mais bon, l’essentiel, c’est que, dans le fond, nous en savons désormais davantage sur la torture que les bourreaux eux-mêmes…

Propos recueillis par P.F. le 15 septembre 2006.

(*) Un film d’Isabel Coixet (2005) avec Sarah Polley et Tim Robbins.

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