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CALIFORNIE - LES CLANDESTINS FONT LE MUR

mardi 30 mai 2006

Suite au projet de construction d’un mur délimitant clairement la línea entre les États-Unis et le Mexique, Georges W. Bush a récemment annoncé que 6 000 soldats seraient déployés à partir de juin 2006 afin de contrôler les flux de migrants illégaux et les trafiquants de drogue.

À l’époque, le projet de Washington d’ériger une démarcation composée de tôles et de barbelés avait suscité un tollé à Mexico à l’époque. En effet, chaque année, ce sont près de 400 000 clandestins qui fuient la pauvreté du
Mexique, un fléau qui touche plus de 50% de la population
mexicaine.

Le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger
(Terminator pour certains) a pourtant déjà érigé son
propre mur, entre les villes californiennes de San Diego (États-Unis) et Tijuana (Mexique). Un mur de 23 kilomètres que le président américain entend bien étendre entre le Golfe du Mexique et les rives du Pacifique, soit 3 200 kilomètres de béton. Le Congrès américain a approuvé cette idée qui semble marquer un certain retour au nationalisme, voire au protectionnisme, et qui n’est pas sans rappeler un certain mur de Berlin ou plus actuellement le très controversé mur entre la Palestine et Israël.

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Un membre de l’organisation de migrants Beta regarde une oeuvre représentant des cercueils où est inscrit le nombre de clandestins morts chaque année en tentant de rejoindre les États-Unis. Tijuana (Baja California), 6 mai 2006. © REUTERS / Carlos Barria

Paradoxalement, l’annonce du Président américain est
survenue alors que le Sénat songeait, lui, à renforcer
la sécurité aux frontières tout en autorisant de
nouveaux programmes de travailleurs temporaires et en envisageant la régularisation de quelque 12 millions d’illégaux. Nageant à contre-courant, George W. Bush a manifestement préféré « clôturer » des milliers de personnes dans le besoin plutôt que de se rallier aux nouveaux objectifs du Sénat et réfléchir avec le Mexique à une solution viable pour un problème social de taille.

NAUFRAGE ASSURÉ

En 1994, le président mexicain Carlos Salinas de Gortari avait signé avec George Bush (le père) un document important intitulé l’Accord de LibreÉchange nord-américain (ALENA). Cet accord a joué un rôle central dans la restructuration idéologique et politique du Mexique en contribuant à débloquer une série de contraintes économiques qui pesaient sur le pays. Il était désormais question de libre circulation des biens et des capitaux, ce qui devait logiquement renforcer l’économie de chaque pays concerné par l’ALENA (Mexique, États-Unis et Canada). Cependant, plus de dix ans après, il semble que ce sont les États-Unis qui sont les seuls bénéficiaires, car cet accord de libre-échange ne s’est pas fait sans quelques entorses
au respect des droits humains. C’est ce qui se passe
notamment dans les maquiladoras, des usines de sous-traitance à la solde des grands investisseurs
américains qui profitent d’une main d’œuvre bon marché et d’un gouvernement mexicain plutôt laxiste sur le respect des droits de ses citoyens et de l’environnement. Bref, une mine d’or pour les petits et gros patrons du textile mais aussi de la chimie, de l’agrochimie, de l’électronique et de l’automobile.

Les principaux bénéficiaires de l’Accord sont donc les grandes entreprises transnationales, tandis que les effets sur l’emploi et les salaires ont été très défavorables aux travailleurs mexicains. Le chômage est toujours aussi élevé. En effet, le principal avantage compétitif du Mexique réside dans le maintien d’une main d’œuvre à bas prix, de conditions de travail précaires ainsi que d’une mise sous contrôle des syndicats. On peut donc dire, sans se risquer, que cet accord de libre-échange est un échec pour le Mexique.

Les mouvements altermondialistes luttent entre autres contre ces zones de libre-échange, qui permettent aux biens et marchandises de circuler librement sans accorder les mêmes droits aux populations. Les zapatistes de l’EZLN s’y sont également opposés le jour même de son entrée en vigueur.

UN DISPOSITIF DIGNE DE JAMES BOND

Le projet de mur caressé par Bush Junior est en fait bien plus que ça. C’est plutôt un ensemble de clôtures, de caméras, de détecteurs, de projecteurs, de routes et d’agents de sécurité. Une technologie qui ferait pâlir les meilleurs réalisateurs de films d’action et ferait réfléchir plus d’un acteur hollywoodien avant d’accepter le rôle d’immigré clandestin tentant de franchir un tel barrage. Comment d’ailleurs ne pas se poser la question quand, chaque semaine, une quinzaine de personnes perdent la vie en essayant de contourner les dispositifs existants, par la mer ou par le désert, et périssent souvent noyés ou déshydratés.

Mais aucun candidat à l’émigration n’est prêt à renoncer si « facilement » à son rêve américain. Quoi qu’il en soit, le Mur se dresse déjà entre San Diego et Tijuana, ces anciennes voisines californiennes qui se regardent désormais en chiens de faïence par-dessus ce gigantesque serpent de fer, en attendant une prochaine querelle de voisinage. Pour le symbole, ou pour l’ironie, la construction avait commencé en 1994, année de l’entrée en vigueur de l’ALENA...

LE PRIX FORT

George W. Bush souhaite davantage de contrôle, davantage de sécurité et moins de clandestins, tout en affirmant priver d’éventuels « terroristes » d’un accès facile aux États-Unis... Même si, sans vouloir faire de jeu de mots morbide, ceux-ci préfèrent souvent la voie des airs.

Le président des États-Unis est déterminé. Il n’exerce pas encore un contrôle absolu sur la frontière et appelle le Congrès à fournir des fonds afin de promouvoir une main d’œuvre de qualité et une meilleure technologie. Le déploiement de ces 6 000 soldats nécessitera en effet un roulement bimensuel de 156 000 soldats pour maintenir une présence militaire permanente, ce qui représente un budget de 1,9 milliards de dollars...

Mais tout ce que ce dispositif militaire a engendré
jusqu’à présent, c’est une hausse des primes versées aux « passeurs » : de 1 000 à 3500 dollars pour les Mexicains,
plus encore pour ceux qui viennent d’Amérique du Sud.

Encore une ironie du sort, si ce mur finissait par être
construit pour de bon, ce sera la main d’œuvre mexicaine
qui se mettrait au turbin et on pourra lire sur les panneaux en tôle « Made in Mexico »...

Valérie Denis

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