Nombre de violations des droits humains ont été commises entre les années 60 et 80 au Mexique. Les membres des groupes armés d’opposition et autres personnes que les autorités considéraient comme des opposants politiques furent la cible d’arrestations arbitraires, tortures, « disparitions » et exécutions extrajudiciaires, principalement aux mains de membres de l’armée.

- À l’initiative du groupe Las Abejas, des milliers de déplacés de l’ethnie indigène tzotzil (maya) commémorent le massacre d’Acteal. Le 22 décembre 1997, le gouverneur PRI du Chiapas avait ordonné une attaque contre des fidèles rassemblés dans une chapelle et 45 civils, femmes et enfants, avaient été assassinés. San Cristobal de las Casas, 10 août 2000. © AFP
Malgré la création du Bureau du Procureur spécial (créé en 2001 par le gouvernement Fox) en charge d’établir la vérité sur ces faits et de rendre justice aux victimes ainsi qu’à leurs familles, l’impunité règne toujours quant à ces crimes car ledit Bureau, encore largement subordonné aux intérêts politiques et partisans, ne bénéficie pas de la crédibilité nécessaire pour venir à bout de cette dernière. AI s’inquiète également qu’il ne soit toujours pas possible de consulter dans leur totalité les archives du Secrétariat de la Défense nationale (SEDENA). Un enjeu est donc que le prochain gouvernement constitue une Commission indépendante et fiable à même d’établir la vérité.
MINORITÉS MENACÉES
Ces dix dernières années, le Mexique a connu de nombreux changements positifs dans le domaine de la protection et de la promotion des droits humains : abolition de la peine de mort, transparence croissante du gouvernement et des institutions publiques fédérales, développement de la société civile. Mais cela reste insuffisant : les minorités souffrent encore de discriminations et de violences liées à leur condition sociale.
Le cas des femmes de l’État de Guerrero en est l’exemple le plus flagrant. Nombre d’entre elles ont été violées par des soldats au cours des dix dernières années et c’est en vain que certaines ont intenté une action en justice. Les carences du système (la pauvreté rend impossible de se déplacer vers d’autres États, les examens médicaux sont insuffisants voir bâclés, etc.) découragent les victimes et empêchent que justice leur soit rendue. Mais le principal obstacle reste le renvoi systématique des dossiers devant une juridiction militaire qui fait preuve de partialité et d’irresponsabilité envers des victimes de l’armée. Du coup, aucun des responsables de ces actes n’a encore comparu devant un tribunal.
Ne serait-ce que parce que depuis octobre 2005, il est signataire du Statut de Rome instituant la CPI (qui définit la notion de viol même en dehors des situations de conflit armé), le gouvernement mexicain devrait veiller à ce que cette dernière soit incorporée dans les lois fédérales et dans celles des États. Mais plus encore, il est impératif que les affaires dans lesquelles sont impliqués des membres des forces armées relèvent d’autres instances que les tribunaux militaires.
DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS MUSELÉS
Bien que le gouvernement mexicain ait mené depuis peu une politique « portes ouvertes » vis-à-vis d’ONG internationales comme Amnesty, la situation sur le terrain laisse encore à désirer et les défenseurs des droits humains continuent d’être inquiétés, surtout par les autorités des États fédérés. L’exemple le plus récent est celui de Martín Barrios Hernández, coordinateur de la Commission des Droits humains et du Travail de la Vallée de Tehuacan. Suite à une plainte pour « chantage » déposée par le propriétaire de l’usine textile Calidad de Confecciones auprès du Bureau du Procureur général (Procuraduría General de Justicia del Estado), Barrios Hernández a été détenu entre le 29 décembre 2005 et le 12 janvier 2006 par la police dans l’État de Puebla sous l’inculpation fallacieuse de chantage. Il se fait que, ces derniers mois, la Commission dirigée par ce défenseur avait soutenu des travailleurs de l’usine qui réclamaient de meilleures conditions de travail. Bien que libéré, il aurait reçu des menaces de mort et sa tête serait mise à prix.
Bref, et même si la conclusion semble téléphonée, le Mexique ? Peut mieux faire.
Jonathan Rock (st.)
Pour en savoir plus, outre le Rapport 2006 d’AI :
Mémorandum à l’intention du Congrès fédéral mexicain sur le projet de réforme de la Constitution et du système pénal (AMR 41/032/2004).
Femmes indigènes et injustice militaire (AMR 41/033/2004).
Lettre ouverte aux partis politiques mexicains (AMR 41/031/2005).
Droits humains : un devoir incontournable pour les candidats (AMR 41/019/2006).




