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RUSSIE - « RETOURNE EN AFRIQUE ! »

mardi 30 mai 2006, par Pascal Fenaux

Le 4 mai dernier, AI publiait un énième rapport sur les violences racistes dont sont victimes de plus en plus de civils, qu’ils soient citoyens russes d’origine caucasienne ou turco-tatare, citoyens d’autres États de la CEI ou, bien « évidemment », originaires d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine. Les violences racistes ne sont pas que le fait de skinheads ou de groupuscules politiques mais également des forces de l’ordre et des autorités locales.

En août 2004, Roni Kumi, un étudiant ghanéen, par ailleurs coordinateur de l’Aumônerie protestante de Moscou, a été violemment agressé par quatre jeunes Russes d’une vingtaine d’années, à deux pas de la station de Métro Aviamotornaia. Il n’a pas osé porter plainte à la police.

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Des militants de Nashi, un mouvement de jeunesse « antifasciste » créé par... le Kremlin, défilent aux côtés d’étudiants étrangers pour protester contre l’assassinat de Lamzar Samba, un dirigeant étudiant sénégalais. Saint-Petersbourg, avril 2006. © REUTERS / Alexander Demianchuk

« Il était environ huit heures du soir. Je venais de sortir pour aller faire quelques achats pour le repas du soir. En chemin, j’ai croisé quatre types. Tout à coup, un des gars, qui semblait être le meneur, s’est approché de moi sans que je m’en rende compte et a hurlé : “Retourne en Afrique”. Aussitôt dit, il m’a décoché un coup de poing dans la figure. J’ai essayé de me défendre mais les coups ont continué de pleuvoir. J’ai commencé à saigner mais je ne pouvais même pas m’échapper vu qu’ils étaient quatre. Tout ce que je pouvais faire, c’était me protéger le visage car ce qu’ils voulaient manifestement, c’était me défigurer. Ma bouche s’est mise à enfler énormément et il a fallu une semaine avant qu’elle ne se dégonfle. L’agression a sans doute duré deux minutes mais pendant tout ce temps, les gens passaient et, quand ils s’arrêtaient, c’était seulement pour regarder sans rien faire. Personne n’a eu l’idée de s’interposer ou de demander ce qui se passait. Quand les agresseurs m’ont finalement laissé, un jeune marchand du magasin où je me rendais m’a demandé : “Vous les connaissez”. J’ai répondu que non. Il m’a alors demandé : “Qu’est-ce qui s’est passé ?” et je lui ai répondu : “Je n’en sais rien. Ce qui s’est passé, c’est ce que vous avez vu”. Il m’a alors fait entrer dans son magasin et m’a amené à un point d’eau pour laver mon visage ensanglanté et mes vêtements gorgés de sang. Il m’a aidé à me laver et m’a conseillé de rentrer chez moi au plus vite pour me soigner, “parce que, si vous allez à la police, les policiers ne feront rien pour vous aider. C’est votre sort à tous, ici. Nous savons que la police ne bougera pas. Quand bien même les policiers essaieraient de retrouver les agresseurs, ils n’y arriveraient pas parce que personne ne témoignera pour vous aider. Alors, le mieux est que vous rentriez chez vous et que vous vous soignez vous-même”.

« J’ai suivi son conseil et je ne suis pas allé porter plainte. Il faut dire aussi qu’à l’époque, cela faisait déjà deux ans et demi que je vivais en Russie et que j’avais eu l’occasion d’entendre suffisamment de récits d’étrangers agressés mais traités en suspects par les policiers russes ou accusés de ne pas avoir de dokumenty en règle. Voilà pourquoi j’ai jugé plus sage de ne pas faire de vagues. »

Pascal Fenaux

Pour en savoir plus :

Russian Federation - Violent racism out of control (EUR 46/022/2006).

« Vos papiers ! » - La discrimination raciale en Fédération de Russie (EUR 46/001/2003).

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