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TURQUIE : Fin de l’état profond ?

Les Kurdes de turquie

Jenny Vanderlinden

lundi 5 décembre 2005, par Esther Beck

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Un kurde de Cizre marche sous un drapeau turc, avril 2003. © AFP

Pendant vingt années de conflit, les Kurdes de Turquie ont souffert de nombreuses violations de droits humains perpétrées par les forces de l’ordre, telles que tortures, disparitions et exécutions extrajudiciaires. Des milliers de villages furent incendiés et leurs habitants contraints de s’expatrier vers les grandes villes. Une grande partie de la population masculine a connu la prison tandis que les « disparitions » et exécutions extrajudiciaires étaient monnaie courante. Les membres de certains groupes politiques étaient ciblés mais de simples citoyens, vivant en milieu rural également. Ceux-ci étaient forcés de collaborer à la fois avec les autorités turques et le PKK, et menacés de sanctions par l’une et l’autre partie quand ils refusaient de le faire.
Les Kurdes déplacés vers les grandes villes telles que Istanbul, Izmir et Ankara, ayant perdu toute source de revenus en quittant leur village, se retrouvent dans une situation d’extrême pauvreté. Ils sont souvent accusés par les grands médias d’être responsables d’une augmentation du taux de criminalité et doivent faire face à une attitude discriminatoire tant de la part des forces de l’ordre que de la population locale. Le gouvernement turc a récemment adopté une série de réformes positives en matière de droits humains. Mais la mise en pratique de ces lois reste une préoccupation majeure. Un changement de mentalité doit s’opérer. Des idées erronées comme, par exemple, celle qui veut que parler kurde est synonyme de « terrorisme » et de « séparatisme » subsistent toujours. Il n’est dès lors pas étonnant que certains policiers ou gendarmes partageant ces idées discriminatoires arrêtent des Kurdes sous le prétexte d’appartenance ou de soutien à une organisation illégale. Torturés et/ou maltraités en détention, forcés de signer des aveux écrits que parfois ils ne comprennent pas, ils sont condamnés à de lourdes peines de prison. Certaines détenues kurdes subissent des tortures sexuelles. Les forces de l’ordre, en torturant sexuellement ces femmes, leur infligent non seulement des souffrances physiques et psychiques irréparables, mais portent intentionnellement atteinte à leur famille et à leur communauté où le concept de l’honneur est parfois très fort ancré. Dans le sud-est de la Turquie, nombreuses sont les femmes qui ne parlent pas le turc. Cela signifie pour elles de très grandes difficultés d’accès aux services de santé et d’assistance ou aux institutions gouvernementales qui pourraient leur permettre d’obtenir réparation pour les violations subies. Les provinces kurdes sont loin d’avoir retrouvé leur stabilité, d’autant plus qu’en juin 2004, le PKK a décidé de rompre son cessez-le-feu. Les affrontements ont repris et il est à craindre que de sérieuses violations des droits humains ne soient commises au nom de la lutte contre le « terrorisme ». Les cas de torture et de « disparitions » pourraient croître et les lois régissant la liberté d’expression pourraient devenir plus restrictives. Les civils kurdes pourraient redevenir la cible à la fois des militaires turcs et de groupes armés.
Les provocations de la gendarmerie enveniment la situation ainsi que le démontrent les récents évènements de Semdinli, dans la province de Hakkari. Une bombe a explosé dans une librairie, tuant un kurde libéré après 15 ans de prison et faisant plusieurs blessés. Arrêtés par la foule, les auteurs de l’attentat ont avoué faire partie de la gendarmerie. Une liste de noms, dont celui du Kurde assassiné, a été retrouvée dans leur voiture. Lors des manifestations qui ont suivi cet incident, la gendarmerie a tiré sur la foule, tuant un civil et en blessant d’autres. S’agit-il d’une large conspiration destinée à éliminer des opposants Kurdes ? Le gouvernement turc est déterminé à faire mener une enquête sur ces incidents. Affaire à suivre.

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