Accueil du site > S’informer > Notre magazine « Le Fil » > Libertés ! (Archives) > Les anciens numéros > 417 numéro d’octobre 2005 > 3.Dossier > Grozny-Bruxelles, sans retour ?

Grozny-Bruxelles, sans retour ?

vendredi 30 septembre 2005, par Véronique Druant

Lors des Premières Rencontres 2005 Belgique-Tchétchénie organisées en septembre par le Théâtre de Poche sur le thème « Parce que la Tchétchénie, tout le monde s’en fout ? », Libertés ! a eu l’occasion de rencontrer Zamboulat Idiev, jeune écrivain tchétchène, réfugié en Belgique.

Une salle de théâtre comble un samedi soir à Bruxelles. Sur scène, des comédiens, belges et tchétchènes, s’unissent par leur jeu et leur chant. Des tranches de vie tchétchènes du début du troisième millénaire se jouent sous les yeux des spectateurs. Absurdité, douleur, cruauté et espoir s’y côtoient. Le public, touché, se lève pour les ovationner. Habillé de noir, souriant et discret, Zamboulat Idiev, vient leur offrir un gâteau fait maison, une recette tchétchène probablement. À défaut de prise de position de nos dirigeants politiques européens face au drame humain qui se déroule en Tchétchénie, la culture s’insurge et décrie l’horreur qui se passe à quelques milliers de kilomètres de chez nous, dans le Nord-Caucase. Zamboulat Idiev applaudit ce genre d’initiative. Pour lui, elle symbolise à la fois l’intérêt de la population belge à l’égard de la situation tchétchène mais traduit également un retour à la normalité pour les Tchétchènes : « Réapprendre à vivre en ayant des activités comme les gens normaux ».
L’exil, entre déracinement et apaisement

JPEG - 47.3 ko
Zamboulat Idiev © Bruno Brioni

Près de 7 000 Tchétchènes vivent actuellement en Belgique. Tous ont fui la peur, les bombardements, les zatchiska [1]. « En Belgique on vit tranquille, le plus normalement possible », confie Zamboulat Idiev. Bien sur, ici aussi les Tchétchènes connaissent leur lot de problèmes. « Tous les événements qui continuent à se produire en Tchétchénie, nous les avons sur le cœur. » Même si on vit éloigné de l’horreur, il est toujours pénible de quitter son pays. Surtout pour les personnes âgées, déracinées, qui ont vécu la plus grande partie dans une société traditionnelle et clanique [2]. Vivre dans un pays différent, avec une langue et une mentalité différentes, c’est difficile. Les jeunes ont plus de facilités à s’adapter car ils fréquentent l’école et apprennent différentes langues. « À la maison nous parlons le tchétchène pour garder les coutumes, suivre l’étiquette. Quand on est loin de chez soi cela prend encore plus d’importance. On essaie aussi de ne pas perdre la langue russe, ajoute Zamboulat Idiev, car même si la Tchétchénie et la Russie sont en conflit, il ne faut pas oublier la langue russe et continuer à lire les livres russes. »
Le russe, la langue de l’écrivain et de l’« ennemi »
« J’ai grandi à Grozny, à l’époque de l’Union soviétique. Beaucoup de Russes vivaient en Tchétchénie. J’ai été éduqué dans la langue russe depuis la maternelle. Ensuite, j’ai étudié à Moscou. » Sa scolarité l’a amené à rédiger ses nouvelles en russe. « J’ai essayé d’écrire en Tchétchène mais pour moi il est plus aisé d’écrire en russe », d’autant qu’à l’école, Idiev a baigné dans la culture russe ; des auteurs comme Tolstoï, Dostoïevski ou encore Lermontov lui sont devenus familiers. « C’est une partie de notre culture, mais c’est aujourd’hui une contradiction difficile à gérer. On est obligé de trouver une nouvelle façon de se positionner par rapport à la langue russe, par rapport à tous ces gens avec qui on a étudié. Bien sur, pour les militaires, pour les hommes politiques cette question ne se pose pas car ils sont en conflit. » Situation saugrenue que vivent les Tchétchènes, a fortiori les artistes et les écrivains qui manient par la force des choses la langue de « l’ennemi ». « Tous ces gens qui ont voté pour Vladimir Poutine, on a été éduqués avec eux, on a grandi dans la même idéologie, c’est une situation étrange. » En tant qu’intellectuel, Zamboulat Idiev a écrit de nombreux articles sur la situation en Tchétchénie. Si la guerre a certainement influencé ses nouvelles, Idiev dit écrire d’abord pour lui-même et se réjouit si par la suite cela peut aider en quoi que ce soit la cause tchétchène. Peut-on parler alors d’une responsabilité en tant qu’intellectuel ? « D’une certaine manière oui mais cela vaut pour n’importe quelle personne en exil » rétorque l’écrivain. « Quand on vit en exil, on est responsable à l’égard de son peuple mais aussi de ses enfants et de la population du pays qui l’accueille. Tout le monde a une responsabilité seulement cela se traduit plus vivement chez les intellectuels. Mais ce qui pousse à agir c’est avant tout la souffrance. »
Réfugié, impuissance et reconnaissance
Malgré les tourments d’un quotidien soumis à l’arbitraire des fédéraux russes, l’exil n’a jamais été le premier choix de la population tchétchène. Durant la première guerre, beaucoup de gens ont fui dans les républiques russes voisines, en Ingouchie ou au Daguestan, mais sont toujours restés dans le Caucase. Le mot « réfugié » évoque pour Zamboulat Idiev un sentiment d’infériorité et il est difficile de l’accepter. L’écrivain admet certes que le fait d’avoir obtenu le statut de réfugié lui apporte de la satisfaction. Lorsque les autorités belges, françaises ou allemandes reconnaissent le statut de réfugié aux Tchétchènes, cela signifie que l’on reconnaît que la vie des Tchétchènes est en danger sur leur propre sol, qu’il y a quelque chose d’anormal qui se passe là-bas. Selon lui, c’est le plus important. Dans sa nouvelle La demande en mariage, parue début 2005 dans le recueil intitulé Nouvelles de Tchétchénie aux éditions Paris-Méditérannée, Zamboulat Idiev retrace ce que peut être le quotidien d’un adolescent tchétchène en prise avec les contradictions d’une société tchétchène traditionnelle en guerre et avec la montée de l’islamisme [3]. « Dommage qu’il ait fallu ce conflit pour découvrir des comédiens et des écrivains tchétchènes », ajoute Zamboulat. Heureusement que la culture s’érige néanmoins en relais quand le politique se tait.

Sans votre aide, nous ne pouvons rien. Faites un don. Maintenant!

Notes

[1] Les « ratissages », des opérations de contrôle d’identité et de nettoyage par les militaires russes.

[2] La société tchétchène est formée de clans, les teips et de 9 grandes familles regroupant ces teips, les tukhums.

[3] Voir « Écrire à Grozny », Courrier international n°750 du 17-23 mars 2005

1 Message

  • Grozny-Bruxelles, sans retour ? Le 30 janvier 2006 à 13:06 , par Sarmat37

    Salam Zamboulat ! Nous sommes des réfugiés d’origine russe. Vous croiéz que nous ne voulons pas la pais avec le peuple Tchetchene ? Ce le gouvernement Poutine qui menent les rattissage,on à été envoiée de forse pour vous faire du mal,pour metre sur les genous Votre peuple heroique.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

Focus

e-Boutique

A l'agenda

Grozny-Bruxelles, sans retour ?

« mai 2012 »
L M M J V S D
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3
 

Pays par pays