Les forces de sécurité togolaises, soutenues dans la majorité des cas par des milices entraînées par les militaires, ont commis de très graves atteintes aux droits humains notamment des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements, des actes de torture et de mauvais traitements y compris des viols et des tentatives de viols ainsi que des arrestations arbitraires. L’un des survivants de ces nombreux massacres a raconté à Amnesty International : « C’était le lendemain du scrutin du 24 avril, il était aux environs de 15 heures quand nous avons été arrêtés par trois miliciens du RPT [Rassemblement du Peuple togolais, parti au pouvoir, NDLR] dans le quartier d’Anagokomé. Ils nous ont menacés avec des armes pour que nous montions dans une voiture qui n’avait pas de plaque d’immatriculation, ils nous ont conduits dans un champ derrière l’état-major à Agoué. Des personnes au nombre de cinq en treillis noir et portant des cagoules nous ont réceptionnés, d’autres personnes étaient également présentes. Ils nous ont attaché les mains et les pieds à des poteaux, ils nous posaient des questions, ils nous reprochaient de militer contre Faure et d’avoir milité pour un vieux au lieu de faire campagne pour un jeune, nous avons imploré leur pardon. Ils nous ont donné à boire et nous ont demandé de faire notre dernière prière. Ils ont ensuite tiré sur l’un d’entre nous, il s’agit de Laïson Ayi, 31 ans, militant de l’opposition. Nous avons encore pleuré et nous leur avons dit que nous n’avions rien fait. Ils ont ensuite appelé quelqu’un, ils l’ont appelé capitaine, ce dernier a dit qu’il ne fallait pas tuer des innocents. Ils nous ont détachés et nous ont demandé de ne rien dire, autrement, ils viendraient nous tuer. Le lendemain, nous avons appris que le corps de Laïson Ayi avait été retrouvé à la morgue. »
Un autre témoin a raconté à Amnesty International : « [Le 24 avril 2005], le jeune Koté [un élève de 4e au Collège] revenait des champs, il était un peu ivre. Au niveau du collège CEG de Kossi-Kiti, il chantait ‘Ablodé, Ablodé Badja. C’était le chant de ralliement de l’opposition. Il a été arrêté par des miliciens et emmené au siège du RPT à Agbonou. Il y a été torturé et on a retrouvé son corps dans un fossé derrière le siège du RPT la tête en bouillie et les testicules broyées. Il avait des traces de coups sur le corps. Son frère a dû supplier pour récupérer le corps qui devait être brûlé. Il a été enterré le 28 à Agbofon. »
Togo : « Nous avons imploré leur pardon »
vendredi 30 septembre 2005
Au lendemain de l’élection présidentielle du 24 avril, la situation des droits humains au Togo s’est gravement détériorée. Dans un récent rapport [1], Amnesty parle de la détermination d’une famille, celle de feu Gnassingbé Eyadéma aux commandes de l’État depuis près de quatre décennies, à se maintenir à tout prix au pouvoir.
Notes
[1] Togo : l’histoire va-t-elle se répéter ? (AFR 57/012/2005




