L’OMS [1] estime qu’entre 100 et 140 millions de fillettes et de femmes ont subi une mutilation génitale. Chaque année, deux millions de fillettes risquent d’être soumises à cette pratique. La plupart vivent dans 28 pays africains et dans quelques pays d’Asie (Yémen, Oman, ...), mais, même émigrées dans les pays occidentaux (dont la Belgique), les filles risquent d’être mutilées lorsqu’elles partent en vacances dans leur région d’origine. C’est l’une des raisons pour lesquelles Khadidiatou Diallo a co-fondé le GAMS-Belgique (sur le modèle du groupe du même nom existant déjà en France), qui se concentre sur la prévention en Belgique et en Afrique. « Nous faisons partie d’un comité interafricain qui compte des représentants dans 26 pays, explique-t-elle. Si des proches d’un enfant menacé vivant en Belgique s’adressent à nous pour nous demander conseil sur la façon d’éviter l’excision lorsqu’ils visitent leur famille, nous les mettons en rapport avec les représentants du comité dans le pays concerné. Ces derniers peuvent les attendre à l’aéroport et les accompagner jusqu’à la maison familiale. Là, ils parleront aux aînés, allant jusqu’à menacer d’envoyer les responsables en prison s’ils mutilent la petite fille ». Cet été par exemple, le GAMS-Belgique a été contacté par une fille de 18 ans qui craignait que sa petite soeur de 3 ans ne soit mutilée durant ses vacances en Gambie.
Sensibiliser les femmes africaines sur la gravité des mutilations génitales féminines (MGF) est une autre tâche que s’est donnée le GAMS-Belgique. Convaincre les victimes de la gravité des mutilations subies n’est pas toujours aisé, mais le fait d’avoir été elle-même victime de ces mutilations renforce la crédibilité de Khadidiatou face aux préjugés de certains. « Nous organisons des journées de palabre avec les femmes africaines établies en Belgique. En général, elles ne savent pas que l’excision est un problème et qu’elle peut causer des maladies. Puisque toutes les femmes de leur famille l’ont subie, elles n’imaginent pas que cela peut causer du tort. C’est en leur remémorant les difficultés lors des accouchements, les douleurs et les pertes de sang lors des rapports sexuels que petit à petit, l’une ou l’autre laisse de côté les tabous pour avouer qu’elle a subi ça elle aussi. Le dialogue s’instaure et nous leur expliquons que ces souffrances proviennent de l’excision »..
Le GAMS-Belgique a créé des cours gratuits d’alphabétisation et d’informatique à l’intention des femmes africaines vivant en Belgique, qui lui permettent d’être en contact avec un maximum de victimes ou de victimes potentielles des MGF. Il peut ainsi entendre les échos de ce qui se passe dans les communautés et, le cas échéant, les conseiller en cas de risque de MGF. « Nous aidons aussi les nouvelles arrivantes qui ont été victimes de mutilations génitales à trouver des médecins formés à les traiter. Il en existe maintenant dans les principales villes de Belgique, se réjouit Khadidiatou. Nous sommes aussi appelés à donner des séances d’information sur les MGF dans différents lieux ou services qui peuvent être en contact avec des victimes ou victimes potentielles : ONE, police, écoles, centres de planning familial, etc. Une bande dessinée sur le sujet vient d’être créée afin de mieux sensibiliser les plus jeunes » [2]. .
Dans certains pays d’Afrique où un dialogue est possible, le GAMS-Belgique explique aux populations à quel point les MGF sont nuisibles à la santé. Des résistances se font souvent entendre cependant du côté des exciseuses, ces femmes qui font de la mutilation génitale leur gagne-pain. « Dans mon pays, le Sénégal, nous sommes parvenues à mettre en place des formations professionnelles pour ces femmes exciseuses si elles acceptent de renoncer à leur couteau. Treize d’entre elles l’ont déjà fait dans le département de Valingara, et l’une d’elles est ensuite devenue animatrice du projet de sensibilisation des populations, explique Khadidiatou. Les progrès sur le terrain sont lents mais encourageants. Quatorze pays africains ont promulgué des lois contre les MGF, et en Belgique, les filles qui risqueraient d’être mutilées si elles retournent dans leur pays obtiennent une régularisation de leur séjour. Nous devons poursuivre la lutte pour qu’un jour les MGF soient épargnées à toutes les filles ».
La palabre contre la mutilation
lundi 12 septembre 2005, par
Khadidiatou Diallo est sénégalaise. Excisée et infibulée dès l’âge de 7 ans, elle sera mariée sans son consentement cinq années plus tard à un homme de 33 ans son aîné. Elle a aujourd’hui refait sa vie en Belgique avec un mari qu’elle a librement choisi et est devenue l’une des chevilles ouvrières du GAMS-Belgique (Groupement pour l’Abolition des Mutilations sexuelles féminines).
P.-S.
@Pour en savoir plus sur les MGF, consulter le site du GAMS-Belgique : http://www.gams.be
Notes
[1] Organisation mondiale de la Santé
[2] Le 22 octobre 2005, le GAMS-Belgique organise une série de conférences et débats suivis d’une soirée dansante pour marquer la sortie officielle de cette BD, intitulée « Diariatou ». Ils auront lieu dans les locaux de Garcia Lorca, rue des Foulons, 47-49 à 1000 Bruxelles. Pour plus de renseignements à ce sujet, contacter le GAMS-Belgique au 02 219 43 40.





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