
- Un palestinien s’écroule à terre devant la foule après avoir été abattu par des militants des brigades martyres d’Al-Aqsa. Ils le soupçonnaient de collaborer avec Israël depuis 15 ans. Village de Qabatiya (Nord de la Cisjordanie), juillet 2004 © AFP
Par définition, les exécutions extrajudiciaires sont difficiles à recenser et à distinguer des crimes de droit commun et des règlements de comptes. Pour autant, cette pratique est très répandue. Et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les démocraties parlementaires ne sont pas davantage à l’abri de méthodes que le sens commun tendrait à attribuer aux « escadrons de la mort » des anciennes juntes latino-américaines. Ainsi, à côté de la Russie, de la Jamaïque, du Laos, du Népal, du Somaliland, du Yemen ou de l’Irak d’avant avril 2003, on trouve de nombreux pays relevant a priori des standards occidentaux comme les États-Unis, le Brésil, Israël ou l’Irlande du Nord (Royaume-Uni). Concernant la Fédération de Russie, cela fait plusieurs années que, dans le contexte d’une guerre extrêmement cruelle, la République autonome de Tchétchénie est le théâtre d’exécutions extrajudiciaires qui se comptent par centaines. De même, jadis, le régime baasiste irakien pratiquait à très grande échelle les exécutions extrajudiciaires à l’encontre de civils absolument inconscients de sentences prononcées dans le plus grand secret. Aujourd’hui, alors que divers groupes armés alimentent une guérilla antigouvernementale ou antiaméricaine et que de nombreux civils sont pris pour cibles, les nouvelles autorités irakiennes ont tendance à avoir la main de plus en plus lourde et à éliminer physiquement des opposants présumés ne faisant pas l’objet d’une instruction judiciaire, comme le regrettait encore récemment Amnesty International, suite à la mort de neuf prisonniers en garde à vue.
Au sein de l’Union européenne, le Royaume-Uni se distingue par le nombre d’exécutions « extrajudiciaires » relevé en Irlande du Nord. Sur ce territoire en proie jusqu’il y a peu à une guerre civile larvée et dans un contexte de quasi absence d’autorités étatiques légitimes, l’Irish Republican Army (IRA, catholiques) et les milices paramilitaires unionistes (protestants) ont souvent tendance à « rendre justice » ellesmêmes et à passer par les armes des civils suspects de « collaboration » ou de comportements « inciviques ». Le comble a sans doute été atteint lorsque l’IRA a proposé à la famille de Robert McCartney, un civil abattu par un militant armé républicain, de laisser l’organisation juger et exécuter elle-même son militant.
Enfin, Israël ne recourt plus officiellement à la peine de mort depuis l’exécution de l’ancien responsable nazi Adolf Eichmann. Cependant, depuis la fin des années 80, l’Etat d’Israël ne cesse de pratiquer des exécutions extrajudiciaires, surtout en recourant aux « assassinats ciblés » de responsables politiques et militaires palestiniens, exécutions souvent commises par des unités composées de civils « déguisés » en civils palestiniens. Devant l’ampleur croissante du phénomène, Amnesty International a adopté en décembre 2002 un programme en 14 points rappelant que cette pratique est contraire aux droits humains et enjoignant les gouvernements à condamner et/ou à renoncer aux liquidations physiques.




