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En Europe, les Roms sont sans doute l’une des sociétés à la fois les plus complexes et les plus chargées de préjugés, souvent négatifs, rarement positifs. Preuve de la violence de ces préjugés dans les sociétés européennes d’avant-guerre, les Roms ont été, comme les Juifs, victimes de la politique génocidaire du régime nazi et quelque 600 000 d’entre eux ont été exterminés durant la Seconde Guerre mondiale.
Longtemps ignorées tant que l’Union européenne (UE) n’était encore composée que de 15 États membres d’Europe de l’Ouest, les communautés roms et leurs 8 millions d’âmes établies de l’Atlantique à l’Oural [1] ont commencé à faire l’objet d’un début de prise en considération lorsqu’il s’est agi de préparer l’élargissement à 10 nouveaux États au printemps 2004 et à 2 autres en 2007. En effet, la plupart de ces États (à l’exception de Chypre et de Malte) sont composés de très fortes minorités roms et c’est sur leurs territoires que résident la très grande majorité des 6,5 millions de Roms de l’Union européenne élargie à 27 membres [2]
À l’instar des populations juives avant le génocide perpétré par le régime nazi, les populations roms d’Europe centrale et orientale constituent des minorités linguistiques et sociales (et parfois confessionnelles) au cœur de sociétés qui leur sont souvent hostiles. Preuve parmi d’autres de la difficulté qu’ont les sociétés majoritaires à traiter de leurs rapports avec les communautés roms, le terme même de « rom » est d’apparition très récente dans le discours politique et journalistique européen, malgré leur arrivée en Europe orientale dès le XIIe siècle. Encore aujourd’hui, le terme le plus couramment utilisé pour définir les Roms est celui de « Tsiganes », un terme d’origine greco-byzantine (Athinganoï) et qui signifie « intouchables ». À ce terme péjoratif, les intéressés préfèrent évidemment celui de « Roms », qui signifie, lui, « Hommes » en romani.
Au sortir du Porrajmos (« Dévoration », nom donné par les intellectuels roms à leur extermination), la période communiste vit les Roms d’Europe centrale et orientale être absorbés dans une industrialisation lourde n’exigeant que peu de qualifications. Ce changement allait définitivement les sédentariser, au contraire de leurs frères d’Europe occidentale qui, eux, continuent à vivre en « gens du voyage ».
Avec l’effondrement des régimes communistes et l’établissement de démocraties parlementaires en Europe centrale et orientale au début des années 90, l’entrée des Roms dans le discours public a pu faire croire à un « printemps rom ». C’est qu’à cette époque, de nombreuses organisations roms de défense des droits humains ont fait leur apparition, tandis que des partis politiques roms parvenaient à envoyer des élus dans plusieurs parlements. Ce « printemps » s’est également traduit par le développement d’une presse rom, rupture notoire dans une culture longtemps davantage orale qu’écrite. À cet égard, Rádió©, la première radio rom d’Europe, basée à Budapest, fournit sans doute l’exemple le plus frappant de ce renouveau.
Cependant, ce « printemps » a davantage été vécu et porté par les secteurs les plus dynamiques des communautés roms. Et, de fait, les énormes difficultés d’intégration sociopolitique que rencontrent les couches roms les plus déclassées restent telles qu’en février 2004, soit quelques mois à peine avant l’élargissement de l’UE de 10 à 25 États, des « émeutes de la faim » éclataient en Slovaquie, un État européen qui compte la plus forte minorité tsigane d’Europe, soit 10 % de la population. Au terme de plusieurs jours d’émeutes et de pillages, les Roms de Slovaquie n’obtenaient des autorités de Bratislava que quelques avancées sociales symboliques mais parvenaient néanmoins à faire prendre conscience à la majorité de la population slovaque des terribles obstacles mis devant leur intégration.
Dès lors, vu la gravité et la complexité d’une situation qui, avant l’élargissement, a vu plusieurs dizaines de milliers de Roms demander l’asile dans les « anciens » pays de l’UE, les « nouveaux » membres de l’UE, avec l’aide du Conseil de l’Europe, ont dû élaborer d’ambitieux programmes d’intégration des Roms : accès à l’emploi, bourses d’études, secrétariats à l’égalité des chances, etc... D’autres initiatives comme la création d’écoles expérimentales sont prises en charge par des fondations, des autorités locales ou par des Églises.
Mais tout cela sera-t-il suffisant pour garantir aux Roms le respect de tous leurs droits ? Cela n’est pas certain. Ce qui l’est par contre, c’est que la construction européenne se jugera, entre autres, sur la façon dont elle aura assuré l’intégration et le respect de ses minorités constitutives.





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