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Katmandou aux prises avec l’absolutisme

Par Bruno Brioni

vendredi 1er avril 2005

Le 2 février dernier, le roi du Népal, Gyanendra Shah, instaurait l’état d’urgence et s’octroyait les pleins pouvoirs. La monarchie absolue était ainsi restaurée au détriment des droits fondamentaux des Népalais. Govinda Bandi est l’un des fondateurs d’Advocacy Forum, une ONG népalaise de défense des droits humains. De passage à Genève pour faire pression auprès de la Commission des Droits de l’Homme et restaurer la démocratie dans un pays qu’il a du fuir en décembre dernier, Govinda Bandi a répondu à nos questions. Propos recueillis par Bruno Brioni

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« Notre principal objectif est maintenant d’affaiblir et de détruire les maoïstes » scande le porte-parole et brigadier en chef Dipak Gurung, devant un portrait du Roi Gyanendra et de la reine Komal durant une conférence de presse. 24 mars 2005, Katmandou, Népal © AFP

Libertés ! : Pouvez-vous nous expliquer votre rôle au sein de l’ONG Advocacy Forum ?
Govinda Bandi : Advocacy Forum est un cartel qui se bat en faveur des droits humains. Il a été créé en 2000 par des avocats très impliqués dans ces questions. Notre travail se concentre autour de plusieurs axes : contrôle et observation des centres de détention, enquêtes sur des cas de violation des droits humains et constitution de dossiers de victimes en vue de fournir une assise juridique et factuelle aux instances nationales ou internationales. Notre action se concentre sur les prisonniers politiques, quelle que soit leur opinion.

Il y a au Népal beaucoup d’enfants emprisonnés avec leurs parents, surtout avec leurs mères. Comment une telle situation peut-elle exister ?
Il y a deux types d’enfants en prison. D’abord, ceux emprisonnés pour des cas de délinquance, ensuite ceux qui dépendent de leurs parents. Dans ce dernier cas, les enfants accompagnent les parents en prison car personne ne peut s’en occuper à l’extérieur. Cette situation est malheureusement très fréquente. Nous avons ouvert un centre à Pokhara à 200 km à l’ouest de Katmandou. Situé près de l’Annapurna, ce centre accueille des enfants de parents incarcérés. Malheureusement, l’espace est trop limité pour le nombre d’enfants concernés.

Que pensez-vous des changements introduits par le roi Gyanendra depuis la dissolution du parlement et la mise sous son contrôle exclusif du gouvernement ?
Aucune loi ne l’autorise à prendre de telles dispositions ! Une monarchie constitutionnelle ne peut pas concevoir un Roi qui détient la réalité du pouvoir exécutif. Cette décision ne va pas seulement à l’encontre de la constitution népalaise mais également à l’encontre du principe de la démocratie et du multipartisme. En prenant cette grave décision, le roi a démontré qu’il n’y avait pas d’avenir pour la monarchie parlementaire. C’est au peuple népalais de décider s’il veut une monarchie absolue ou une démocratie parlementaire. Les répercussions de cette décision ne vont pas non plus faciliter la résolution du conflit qui oppose le gouvernement à la rébellion maoïste. Il n’y a pas de solution militaire à ce conflit... car cela ne peut se traduire que par de graves violations des droits humains, une augmentation du nombre de disparitions, de cas de torture et de viols...

L’état d’urgence instauré par le roi restreint-t-il encore d’avantage les droits fondamentaux des Népalais ?
Tous les droits fondamentaux ont été suspendus par cette décision. Les medias subissent de nombreuses restrictions et un contrôle très strict. Des journalistes sont poursuivis pour les informations qu’ils publient. Les défenseurs des droits humains et les activistes politiques sont mis en résidence surveillée. Il n’existe aucune procédure permettant de porter plainte. Ce déni de justice est une des conséquences les plus immédiates de l’état d’urgence instauré.

Ces bouleversements politiques se ressentent-ils dans votre travail ?
Oui, tout à fait. Maintenant nous ne sommes plus libres de nous déplacer selon notre bon vouloir. Nous ne pouvons donc pas nous renseigner correctement sur d’éventuelles violations des droits humains attribuées aussi bien au gouvernement qu’aux rebelles. Comme vous le savez sans doute, des membres de la Commission Nationale des Droits Humains ont été interpelés à l’aéroport et empêchés de se rendre dans une région du pays précise pour y contrôler la situation. Cette Commission a normalement le même pouvoir que la Justice pour enquêter sur des violations des droits humains. Alors, dans ce cas-là, comment voulez-vous qu’une ONG ou des défenseurs des droits humains puissent travailler ?

Subissez-vous des pressions aussi bien du gouvernement que des rebelles maoïstes ?
Nous avons souvent été menacés, tant par le gouvernement que par les maoïstes. Certains de nos amis ont été enlevés et exécutés par les maoïstes. Donc, les menaces contre les défenseurs des droits humains viennent des deux côtés. En 2002, j’avais écrit un rapport que j’avais ensuite transmis à Amnesty International. Ce rapport à peine publié dans un journal local, des policiers se sont présentés à mon domicile et m’ont conseillé de ne plus écrire, sinon ils me tueraient... J’ai eu un revolver pointé sur la tête.

Selon vous, comment la situation pourrait-elle évoluer ?
Le Népal est un des pays les plus pauvres au monde. Près des trois quarts du budget sont fournis par des donateurs étrangers. Cela représente une pression qui pourrait être exercée pour changer la donne. Nous avons besoin de l’aide étrangère... Les maoïstes ne veulent pas négocier avec le gouvernement royaliste car il ne lui reconnaissent aucune légitimité. Pour changer la situation, nous devons nous orienter vers la démocratie. Vous savez, 10 % de la population soutiennent les maoïstes et 10 % supportent le roi. Quant aux 80 % restants, ils n’aspirent qu’à une chose : la démocratie.

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