Ce matin-là, Sheima, combattante maoïste de 17 ans, fait une démonstration de son entraînement militaire. Avec sa longue tresse soyeuse qui serpente sur son dos, la jeune « terroriste » a la beauté délicate d’une adolescente au sourire timide. En rythme avec les autres guérilleros, elle exécute les ordres de son commandant. Un instant, elle hésite, se trompe, et pouffe de rire. Bien vite, elle se reprend. Malgré elle, Sheima a laissé échapper l’évidence : elle n’est encore qu’une gamine.
Un tiers des guerilleros maoïstes seraient ainsi composés de soldats âgés de moins de 18 ans, capables de manier armes et bombes artisanales. De quoi fournir les premières lignes de la « Guerre du peuple » qui oppose chaque jour les rebelles aux forces de l’ordre.
Issue d’un milieu pauvre, Sheima revendique son choix : « Je me bats pour changer la société, lutter contre l’inégalité et l’oppression. » Dans un pays laminé par la misère, la protection maoïste est une opportunité qu’elle ne dément pas : « j’ai de quoi me nourrir, me loger et me vêtir. » A cela s’ajoute un principe d’égalité des sexes, liberté impensable dans la société traditionnelle. Certes, Sheima vit dans la clandestinité, changeant de village chaque nuit et visitant rarement sa famille. Mais au-delà, la fraternité et le sentiment de donner un sens à sa vie sont à ses yeux des gains inespérés, qui valent tous les sacrifices, y compris la mort.
17 ans, enfant soldat
Par Vanessa Dougnac
vendredi 1er avril 2005
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