
- Place de la Monnaie à Bruxelles, le 25 novembre 2004, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Amnesty International Belgique y avait installé un mémorial où chaque symbole féminin symbolisait les croix d’un « cimetière de femmes »©Rif
Questionnés sur leurs perceptions de la violence conjugale, les Belges francophones ont exprimé des avis assez nuancés : sans, bien entendu, vouloir ni justifier ni excuser certains types de violences conjugales, ils ont répondu que sous certaines formes elles sont parfois « compréhensibles », ou, en tout cas, « qu’il est possible d’imaginer qu’elles puissent arriver dans un couple ». C’est essentiellement le cas des violences verbales (grosses disputes, insultes...) et, dans une certaine mesure, du contrôle de l’occupation du temps de l’autre. Bouder l’autre - c’est-à-dire ne plus lui parler - semble également ne pas constituer un délit conjugal « inadmissible ». Par contre, tous les types de violences physiques ont été sévèrement condamnés par les personnes interrogées : tant les coups que les bousculades et les séquestrations sont, de leur point de vue, inadmissibles.
Hurler, insulter, pas trop grave
Nous avons pu constater que les opinions du public varient très peu d’un sexe à l’autre, ou encore selon l’âge des personnes interrogées (tout au plus constate-t-on que les plus jeunes banalisent davantage la violence orale (« hurler », « insulter »...) mais ils n’en restent pas moins aussi intransigeants que leurs aînés pour ce qui concerne la violence physique.
À la question : est-ce que ce sont les femmes ou les hommes qui sont prioritairement victimes de violence conjugale morale, les personnes interrogées estiment dans 1 cas sur 2 (49%) que ce sont autant les hommes que les femmes qui en sont affectés et 45% jugent que les femmes sont prioritairement concernées. Par contre une quasi-unanimité (80%) pense que les femmes sont les principales victimes de la violence conjugale physique. Les estimations moyennes de la fréquence des violences conjugales diffèrent sensiblement selon leur niveau de gravité perçu ; selon nos interlocuteurs : environ 1 couple belge sur 2 (45 %) serait sujet à des violences conjugales jugées « compréhensibles » (p.ex. de grosses disputes verbales, sans violence physique ; un peu moins d’1 couple sur 3 (32 %) serait sujet au moins occasionnellement à des violences conjugales considérées comme « inacceptables » (pour rappel, principalement des violences physiques, violences physiques portant principalement sur les femmes).
Près de 3 Belges francophones sur 10 (29%, soit 26% des hommes interrogés et 32% des femmes sondées) connaissent dans leur entourage un ou plusieurs couples confrontés à de la violence conjugale jugée « inacceptable ». Comment réagissent les personnes qui connaissent ou suspectent des cas de violence conjugale grave dans leur entourage ? Le dialogue constitue la démarche de très loin la plus fréquente. Les recours légaux (dépôt de plainte, police...) ne représentent donc qu’une infime minorité de cas, tout comme la suggestion de consulter des centres d’aides spécialisés. Priorité donc au dialogue. Et il semblerait qu’en parler constitue souvent une première approche efficace : 55 % des personnes qui ont adopté cette démarche estiment qu’elles ont obtenu des résultats positifs (5 % « très satisfaisants » et 50 % « assez satisfaisants »). Dialoguer ne contribue que rarement à envenimer les choses : en effet, 7% estiment que le dialogue a eu des effets « assez négatifs » et 1 % à peine des effets « très négatifs ». L’idée que la violence conjugale ne concerne que certaines catégories bien délimitées de la population est assez répandue. 30 % des interlocuteurs estiment que ce sont surtout les milieux défavorisés (« milieux modestes », « milieux peu instruits ») qui sont confrontés à ce problème ; 15 % mentionnent également les couples ayant des difficultés financières ou victimes du chômage. Près d’une personne interrogée sur deux estime que la violence conjugale n’affecte que les catégories « économiquement faibles » de la population. Environ 20 % estiment que la consommation excessive d’alcool dans les couples ou chez l’un des partenaires est un facteur entraînant une augmentation de la violence conjugale (voir tableau ci-contre, page 10). À peine 1 interlocuteur sur 3 perçoit correctement la réalité de ce problème (réalité objectivée par des études menées dans plusieurs pays), à savoir que la violence conjugale affecte toutes les classes sociales dans des proportions équivalentes (à peine 6% estiment que la violence conjugale affecte principalement les classes sociales plus favorisées (« moyennes » ou « aisées »).
51 % pensent que la violence a augmenté
Les Belges (francophones) pensent que ce problème n’affecte pas davantage notre pays que ses voisins. Cette perception tranche par contre fondamentalement avec le ressenti de l’évolution de la violence conjugale en Belgique : 51% estiment qu’elle a « un peu » ou « fortement augmenté » dans le courant des 10 dernières années... tandis qu’à peine 8% estiment qu’elle a régressé (le solde des personnes interrogées ne se prononçant pas ou estimant qu’elle s’est stabilisée).
Le stress lié au travail, le chômage en accusation
Alors que l’estimation de l’ampleur des problèmes est assez correcte, le Belge francophone surestime donc l’évolution de la violence conjugale (qui a en réalité peu évolué durant les dernières années) : probablement considère-t-il que les facteurs prédisposant à la violence conjugale sont, eux, occupés à se renforcer ; ces facteurs sont essentiellement d’ordre économique, conjoncturel. 39 % des personnes interrogées estiment que le stress lié au travail est un des facteurs qui déterminent l’augmentation de la violence au sein d’un couple. 39 % également déclarent que la crise économique, le chômage, une certaine « insécurité sociale » entraîneraient ce comportement violent. Remarquons que très peu de personnes (5 %) invoquent l’impunité comme une explication possible de l’évolution de la violence conjugale. La législation est en effet (très) mal connue et les perceptions de son efficacité sont très mitigées.
Une législation très peu connue
La connaissance « précise » des possibilités répressives n’est donc le fait que d’1 sondé sur 10 ; il s’avère en outre qu’il n’y a qu’une faible minorité de Belges francophones qui présument qu’une législation répressive pourrait influencer à la baisse la violence conjugale. Une problématique qui, dans l’état actuel de la connaissance de cette législation, semble donc devoir se régler dans le cadre du cercle familial, éventuellement élargi à des proches.






