Si la législation existe, il semble qu’elle ne soit pas toujours appliquée efficacement sur le terrain. Policiers et magistrats ne sont pas suffisamment formés pour affronter cette problématique et les dossiers classés sans suite sont le lot de plusieurs victimes qui ont pourtant eu le courage de « lancer la machine ».
Un épisode de violence sur vingt seulement fait en effet l’objet d’une plainte à la police. Autre problème : dans un certain nombre de commissariats, la médiation courante est plutôt privilégiée, alors que sans P.-V., la justice ne peut pas se mettre en route. Mais dresser procès-verbal exige une charge de travail supplémentaire, d’autant que les P.-V. se doivent d’être minutieux, puisqu’ils serviront de base à l’analyse du dossier au Parquet.
Selon Anne Bourguignon, procureur du Roi de Liège, environ 90% des dossiers sont classés sans suite par le Parquet - exception faite à Liège qui devrait bientôt servir de projet pilote. Néanmoins, nous précise la magistrate, depuis l’entrée en vigueur de la circulaire, le 5 septembre, trois femmes sont mortes de ce type de violences (dont l’une sous la torture) dans l’arrondissement de Liège ! Tant la police que les magistrats devraient recevoir une formation adéquate pour faire face à ce domaine délicat. En Espagne, où la situation est grave, il existe des magistrats spécialisés, ce qui n’est pas le cas en Belgique. Nous recevons 250 000 dossiers par an rien que pour l’arrondissement de Liège.
Comme le précise Anne Bourguignon, une politique de classement sans suite majoritaire a pourtant une influence néfaste tant sur l’auteur de violences que sur la victime. Elle développe chez l’auteur un sentiment d’impunité qui aggrave son comportement violent et suggère, chez la victime, une réaction négative vis-à- vis du système judiciaire.
Des mesures qui ont du mal à suivre !
Par Sandra Évrard (Le Soir Magazine)
mardi 8 mars 2005
P.-S.
©Le Soir Magazine




