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Femmes en RDC

Victime « privilégiée » et « pilier de la survie de la famille »

Propos recueillis par Laurence Geyduschek

mardi 4 janvier 2005, par Laurence Geyduschek

Les femmes portent le poids des traditions en République démocratique du Congo (RDC). Pilier de la famille, elles font bouillir la marmite et assument tout... y compris le silence étouffant qui entoure les violences dont elles sont l’objet. Un climat qui change, encouragé par une femme courageuse et pudique, Chantal Kakozi, qui était de passage à Bruxelles le 2 décembre dernier. Interview.

Vous travaillez à la SOFIBEF, une organisation qui lutte pour les droits des femmes du Sud-Kivu, à l’est du Congo. Pouvez-vous nous décrire les actions que vous menez ?
Nous sensibilisons la population en organisant des séances d’éducation et d’information sur les violations des droits des femmes, destinées à tous les publics : les femmes, les chefs coutumiers, les autorités, les leaders des organisations, les responsables religieux, etc. Nous formons aussi des observateurs.
Ces dernières années, le contexte de guerre a fait apparaître le fléau des violences sexuelles, avec la présence de différents groupes armés dans la région, qui violent et commettent beaucoup d’exactions à l’encontre de la population civile. Or il était très difficile d’en parler, car pour nous, tout ce qui concerne la sexualité des femmes est très tabou : cela touche à l’intimité des femmes et à leur statut social.
Bien sûr, depuis toujours, il y a des violences sexuelles contre les femmes. De celles qu’on trouve partout ailleurs : un mariage forcé ou le petit frère qui peut « hériter » de la femme de son grand frère décédé. Mais, chez nous, c’était rare d’apprendre qu’une femme a été violée alors qu’elle travaillait aux champs. On n’avait jamais vécu cela avant la guerre de 1996.
Nous sommes aussi préoccupés par les mariages forcés, où une jeune fille de 13 ou 14 ans devient la xème épouse d’un homme, le plus souvent un seigneur de guerre. Il y a aussi les femmes qui ont vécu avec les militaires. Quand ils partent, elles sont abandonnées avec des enfants et doivent survivre.
Notez-vous un changement dans le regard porté sur les femmes ?
Il y a une amélioration nette. Quand un mari sait que sa femme a été violée, il met une distance ; et il y a le poids de la société. Mais petit à petit, le public s’est impliqué. Les hommes en parlent, les femmes en parlent. Et cela a joué un rôle. Bien sûr, nous faisons aussi des actions de médiation en allant dans les familles pour faire des efforts de consolidation et de rapprochement.
Les hommes réalisent que la violence sexuelle est une réalité dans la communauté, que beaucoup de femmes ont été violées, sont traumatisées, sont malades. Avant, ce n’était pas évoqué, car la femme était la seule concernée. Le problème était celui de la femme uniquement, et elle ne voulait pas réaliser que cela l’affectait, ni que les autres sachent ce qui lui était arrivé : elle voulait continuer à garder tout en elle. Maintenant c’est une question qui est assumée par tout le monde.
Avez-vous un soutien des autorités locales ?
Que ce soit à l’époque du RCD ou à celle des Maï-Maï(1) [1], les autorités n’ont jamais voulu appréhender ou considérer cette question des violences sexuelles. Nous ne sommes pas aidés. Nous subissons même des menaces : « Pourquoi devez-vous toujours considérer que c’est une question importante ? Vous portez une mauvaise image de notre système », nous répondent-ils. Mais c’est une question dont les conséquences pèsent lourdement sur les femmes, ces femmes qui constituent le pilier de notre communauté. Cela devrait attirer l’attention de tous les responsables, aux niveaux local et international.
Avec la fin de la guerre, les violences sexuelles ont diminué. Il faut maintenant des actions de lutte contre l’impunité : nous plaidons pour que les auteurs soient poursuivis. Il est important que certains cas puissent être jugés, ne fut-ce que pour servir d’exemple aux autres.
La lutte contre l’impunité chez nous est pour le moment un problème très complexe. Il n’y a pas de juridictions, les magistrats ne sont pas formés ni payés, il y a des problèmes de corruption, de formation. Il n’y a pas de protection des victimes et des témoins.
Quelle est votre plus belle réussite ?
Ce dont nous sommes fiers, c’est d’avoir touché un axe écarté par d’autres organisations : les droits des femmes, le statut des femmes. D’autres organisations oeuvrant dans le cadre des droits humains excluaient ou écartaient les droits des femmes.
Auparavant, j’avais été touchée de la manière dont les problèmes des femmes étaient discutés. Par exemple, pour demander un crédit, une femme veuve ou divorcée devait toujours recourir à la belle-famille. Ici, nous avons pu trouver des ouvertures, une structure où les femmes peuvent sortir de leur marginalisation et porter le flambeau de leur liberté.
La femme constitue le pilier de la survie de la famille. Elle se retrouve aujourd’hui en difficultés sur le plan physique, elle est bien souvent malade, et assume seule la charge de la famille. Elle doit élever les orphelins et les enfants issus du viol. Les centres de santé ont été détruits, il n’y a pas d’écoles, il n’y a pas de routes, les champs ont été pillés. La destruction de l’environnement est vraiment un fléau. Les femmes n’ont pas de moyens de subsistance et vivent dans l’incertitude. Nous essayons de leur venir en aide au moyen de petits crédits rotatifs ou pour le commerce. Il faudrait viser un développement plus durable, et apporter des moyens pour que beaucoup de personnes, et pas seulement la femme, puissent travailler.

Notes

[1] RCD : le Rassemblement congolais pour la démocratie a été créé en 1998 à Kigali par un groupe de Congolais soutenus militairement par le Rwanda. Le RCD était le plus important mouvement rebelle congolais. Il est aujourd’hui représenté au sein du gouvernement de transition. Maï-Maï : milices congolaises paramilitaires opérant dans les rangs du gouvernement et dans ceux des rébellions. Les combattants Maï-Maï étaient considérés au début de la guerre en 1998 comme une résistance à l’occupation du pays par les Rwandais et étaient présents dans le Kivu, la province du Maniema et le Katanga.

1 Message

  • les chaines Le 10 janvier 2005 à 20:34 , par Octarine

    Et les femmes violees eleveront des enfants qui risquent aussi de devenir un jour des hommes violeurs, des femmes violees, c’est ainsi que se creent les chaines socialo-genetiques !
    Les femmes violees qui se taisent et qui acceptent.
    Souvent quand je lisais des articles sur la defense des femmes envers les hommes, je pensais : mais qui les a eleves, ces hommes, si ce n’est des femmes ?
    Et j’ai vu par moi-meme des femmes elever des garcons dans une mentalite de domination et mepris des femmes.
    J’ai eu la chance d’etre elevee dans une famille egalitaire, dirais-je, mes tantes,mes gd meres, avaient un metier, une influence, une de mes tantes etait medecin chercheur de pointe en diabete, l’autre etait professeur d’histoire a l’ecole normale(prof de prof, quoi)
    J’ai aussi vu la domination des femmes, et l’ecrasement des hommes, et c pr ca qu aujourd hui je suis prete a epauler les 2 sexes, et a agir pr mettre fin a la guerre entre l’homme et la femme, entre l’adulte et l’enfant, entre la nature et l’humain.
    Merci de votre travail, et merci de votre pierre aux changements de mentalite !

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