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« Délit de faciès », le retour

mardi 9 novembre 2004, par Suzanne Welles

Ils sont Afro-américains, Latinos, citoyens américains d’origine asiatique ou d’origine indienne. Ils sont musulmans, ou encore sikhs. Ils sont donc suspects. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le « délit de faciès » est en forte hausse aux États Unis. Amnesty dénonce cette situation et présente un rapport sur le sujet.

À Denton, au Texas, un automobiliste est stoppé par la police sous prétexte que l’un de ses phares est plus brillant que l’autre. Le véhicule est fouillé. Les policiers recherchent « des bombes ou de cadavres » ! Rien n’est trouvé sauf un canif. L’homme est cependant arrêté. Il sera acquitté plus tard. Il se nommait Mohammed Ali.
À New-York, une femme Afro-américaine faisant du shopping est interpellée par des vigiles d’un grand magasin. Bien qu’elle ait la preuve de ses achats, elle est confinée pendant trois heures dans une cellule avec d’autres suspects - tous gens de couleur. Après menaces et fouille complète, elle est relâchée sans excuses et... sans ses achats.
Dans les faubourgs de Chicago, une famille est réveillée à 4 h 50 du matin par neuf agents de police qui enfoncent la porte. Tous sont fouillés, la maison est saccagée. Prétexte : trop grand nombre d’habitants dans la maison.

Ces trois exemples sont repris, avec des quantités d’autres dans le rapport publié en septembre dernier par la section américaine d’Amnesty [1]. Il est le résultat de recherches menées de septembre 2003 à août 2004 sur le problème du « profilage racial » pratiqué très largement tant aux niveaux fédéral et des États qu’à l’échelle locale par les agences de sécurité. En effet, depuis le tragique 11 septembre, les mesures de sécurité ont été fortement renforcées dans tout le pays. Mais de manière discriminatoire car, sous prétexte de combattre le terrorisme, les interpellations de personnes sur base de leurs origines ethniques (Afro-Américains, Hispaniques, Américains originaires du Moyen-Orient ou d’Asie du Sud-est) ou même religieuses (musulmans, sikhs) se sont multipliées.

À un point tel que, selon le rapport, l’identification de suspects potentiels toucherait un Américain sur neuf. Environ 32 millions de citoyens américains ont déjà été victimes du « délit de faciès ».
Le but du rapport était de déterminer l’étendue de ces pratiques et de mettre au point des solutions pour y mettre fin. C’est ainsi que des auditions publiques se sont tenues dans six villes du pays : Tulsa, New-York, Chicago, San Francisco, Oakland et Dallas.

Du danger d’être « différent »

À Chicago, Mr Boyd, 66 ans, a témoigné avoir été l’objet d’interpellations au moins une douzaine de fois, alors qu’il se déplaçait à pied dans son voisinage. Un jour, des agents en civil ont voulu le fouiller. Comme il résiste, les policiers le menottent et le fouillent de force. Bien que rien n’ait été découvert, il est accusé de détention d’une substance illicite. Il passera une nuit en prison avant d’être relâché sous caution. Donald Boyd est un Afro-Américain.

Les aéroports sont des lieux particulièrement sensibles, il ne fait pas bon y paraître « différent ». Le Dr Sandra Rana, Américaine d’origine pakistanaise, se trouvait avec son fils de huit ans, Omar, à l’aéroport de Tulsa. Brusquement, le petit garçon est écarté de la file d’attente et emmené. On lui prend le petit camion de bois qu’il avait fabriqué et on le démantèle. Le Dr Rana raconte : « Imaginez ce que j’ai ressenti quand mon fils de huit ans a été emmené sans que je puisse l’accompagner... Omar a maintenant l’habitude d’être très prudent dans les aéroports. Il sait ce qui peut arriver et il s’y attend. Mais comment puis-je dire à mon fils que c’est très bien ainsi ? Il a maintenant dix ans. Il sait ce que sont les libertés et les droits civils. Quelle signification cela peut-il avoir pour lui ? »

Mme Penner appartient à la communauté cheyenne d’Oklahoma. Comme beaucoup de personnes d’origine indienne, elle décore sa voiture de tags tribaux, de beaux dessins colorés, qui bien entendu attirent l’attention. Elle est donc fréquemment stoppée par la police sous les prétextes les plus divers. Elle fait aussi l’objet de visites domiciliaires, mais dans un cas, cela se termina dans la violence. Elle décrit : « la porte est enfoncée et huit personnes, armées de fusils, pénétrent dans la maison nous enjoignant de nous coucher par terre. Mon petit fils de 6 ans aussi. (...) Ma petite fille de 15 ans était sous la douche. Elle en est violemment tirée, toute nue, et forcée de rester ainsi devant trois policiers (...) Nous sommes tous fouillés et la maison est mise à sac. Les policiers riaient entre eux, se moquaient de nous. L’un d’eux me dit que ma petite fille était très bien pour son âge. Tout cela parce que nous sommes des Indiens... »

Une pratique inefficace

« Le principe du “profilage” sur base raciale ou ethnique viole les droits humains, sape la sécurité nationale et tout simplement ne fonctionne pas », a déclaré Curt Goering, directeur-adjoint d’AIUSA, lors de la présentation du rapport. « C’est une pratique dégradante, discriminatoire et dangereuse ».

Elle a un effet dévastateur sur les victimes et leurs familles, sur les relations entre communautés. Les enfants, témoins des interpellations de leurs parents, se méfient désormais de la police. « Ma petite fille éclate en sanglots à la vue d’un agent de police », dira l’un des témoins. L’inefficacité de cette pratique a été prouvée déjà dans le passé. Lors de l’assassinat du Président Mc Kinley en 1901, le policier chargé de contrôler son entourage, laissa échapper le meurtrier - un homme blanc - parce qu’il surveillait « un homme au teint sombre avec une grosse moustache » dont il n’aimait pas l’aspect extérieur. Plus récemment, on a pu constater que nombre de personnes arrêtées dans le cadre d’enquêtes terroristes ne correspondaient pas à ces « profils ethniques », par exemple le britannique Richard Reid qui avait dissimulé des explosifs dans ses chaussures ou encore l’un des auteurs des attentats d’Oklahoma City, Timothy Mc Veigh.

Amnesty lance un appel au gouvernement des États-Unis, à tous les niveaux de pouvoir, afin d’éliminer ces pratiques contraires aux droits humains. Le rapport fait des propositions concrètes, par exemple la mise en œuvre du « End Racial Profiling » (2004) une législation qui permettrait, de plus, d’aider la nation à remplir ses obligations vis-à-vis de certains traités internationaux. Un autre pas en avant serait l’amélioration des lois qui interdisent le profilage. Il en existe déjà dans 29 États. Mais elles sont très incomplètes. Dans certains cas, on ne prévoit aucune garantie concernant les personnes se déplaçant à pied ; dans d’autres le profilage sur base d’appartenance religieuse n’est pas mentionné.

En février 2001, le Président Bush avait déclaré : « le profilage racial est une mauvaise chose » et il avait promis « d’y mettre fin en Amérique ». Il l’a encore répété publiquement par la suite. Mais jusqu’à aujourd’hui, aucun effort n’a été fait en ce sens. Quel que soit le résultat des élections (encore inconnu au moment de mettre sous presse), il est du devoir du futur chef de cette grande nation d’abolir ces pratiques odieuses qui, loin d’apporter la sécurité promise aux citoyens, ne font que renforcer la peur et l’incompréhension.

Notes

[1] Threat and humiliation. Racial profiling, domestic security, and human rights in the United States, U.S. Domestic human rights program, Amnesty International USA, 50 p.

1 Message

  • « Délit de faciès », le retour Le 1er mars 2009 à 14:05 , par San Kukai

    Au risque d’être blessant, il semble que vous ayez mal compris ce qu’est le délit de faciès.

    Cette expression a été employée en France par SOS Racisme et le MRAP pour qualifier la raison pour laquelle la police arrêtait en majorité des Maghrébins et des Noirs dans la rue pour contrôler leur identité. Ces associations ont inventé l’expression délit de faciès comme pouvant être la seule raison pour laquelle ces personnes étaient arrêtées par la police.

    Ce ne sont donc pas les racistes qui commettent des délits de faciès, mais les Maghrébins et les Noirs, selon la caricature que font les associations anti-racistes de la police. En d’autres termes, les associations anti-racistes se moquent du profilage racial commis par la police française, en inventant un délit qui n’existe pas en droit français. Il s’agit ici de second degré, a priori difficile à percevoir par grand nombre de nos contemporains qui déforment cette expression pour attribuer ce délit aux policiers eux-mêmes.

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