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Ces chansons dans le sens du poil

Tshieke Tshienda B. et Godefroid Bwiti Lumisa (InfoSud-Syfia RDC)

lundi 6 septembre 2004

Célèbres sur tout le continent africain et même au-delà, certaines stars de la musique congolaise ont trouvé la recette pour vendre leurs titres : se faire payer pour chanter les louanges de telle ou telle personnalité ou les litanies de noms plus obscurs.

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Un orchestre joue des airs funèbres dans le Palais du peuple de Kinshasa où les Congolais sont venus rendre un dernier hommage au Président défunt Laurent Désiré Kabila, avant ses funérailles le 23 janvier 2001. Au Congo, la musique est omniprésente de la naissance à la mort. © AFP

Adam Bombole, « le grand Saoudien, l’homme qui affronte la conjoncture quelle que soit la hausse ou la baisse du dollar » ; Cardoso Mwamba, « le Bill Gates congolais » ; Serge Kasanda « FMI », etc. En République démocaratique du Congo (RDC), stars adulées de la chanson ou musiciens débutants, tous se sont mis au rythme de ces chansons qui vantent les grosses fortunes congolaises ou d’ailleurs. La liste est aussi interminable que surréalistes les surnoms dont les affublent ces musiciens.

Le phénomène s’appelle « Kobwaka libanga », ce qui en lingala signifie curieusement « jeter la pierre » à un bienfaiteur que le musicien caresse dans le sens du poil en lui jetant plutôt des fleurs ! La pratique n’est pas nouvelle en RDC mais elle a pris de l’ampleur depuis une dizaine d’années, avec la nouvelle vague des stars de la musique tels Papa Wemba, Koffi Olomide, Werrason, J. B. Mpiana ou King Emeneya.

« Autrefois, les pionniers de la rumba congolaise citaient aussi dans leurs chansons des noms de personnes ou de lieux de rencontre célèbres. Mais ils le faisaient avec tact et modération, rappelle Jamais Kolonga, un vieil amateur de la musique des années ‘50. Ce n’était qu’une façon de remercier un mécène qui ne forçait jamais la main au musicien. A l’époque, la concurrence musicale était basée sur le talent et la culture générale », regrette ce vieux de la vieille.

« Saddam Hussein » et « Papa bonheur »

À chaque époque ses mœurs et ses fantaisies. Aujourd’hui, les musiciens qui ne vivent pas toujours de leurs œuvres, chantent les louanges de leurs mécènes « ceux qui font que [nous] existons », comme ils aiment à le répéter. Cela va du diamantaire, désireux de voir célébrer sa fortune, à l’homme politique glouton en mal de pouvoir en passant par la femme d’affaires qui cherche à charmer des musiciens ou des débrouillards de tous bords vivant en Europe.

Kongolo, l’un des bouillants fils de l’ancien président Mobutu, a été maintes fois chanté sous le nom de Saddam Hussein, « l’homme fort ». Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso se fredonne « Papa bonheur ». Quant au fils du président équato-guinéen, Obiam Nguema, qui mène une vie de prince à Paris, il a été glorifié par une chanson de Werrason.

Des dizaines voire plus d’une centaine de noms peuvent être cités dans une même chanson. Le record revient à J. B. Mpiana qui, dans son titre Lauréats de l’an 2000, a aligné près de 200 noms ! « C’est des Congolais vivant en Europe. Ils nous gratifient de nombreux dons en habits, en voitures de luxe », précise Roger Ngandu, l’attaché de presse du musicien.

Les dollars de la célébrité

Selon les témoignages, chaque nom cité dans un titre rapporterait de 200 à 300 dollars (ou euros). « Une chanson dédiée exclusivement à une personne, un diamantaire ou un homme politique puissant, peut rapporter une jolie fortune, 1000 dollars voire plus à son auteur-compositeur », révèle un musicien de Papa Wemba. Lister le plus de personnes possible est donc une opération hautement rentable.

Lors de l’enregistrement de son dernier album Tout le monde à la queue leu leu, le studio parisien de la star congolaise Werrason a été envahi par de nombreux Congolais. Chacun voulait placer son nom. « Cela a créé un embouteillage et a beaucoup indisposé les techniciens », ont rapporté des chroniqueurs de la musique congolaise à Paris. L’artiste lui-même travaille sous pression pour contenter tous ceux qui veulent entendre citer leur nom. En Europe, des musiciens ont ainsi eu des démêlés avec certains de leurs compatriotes déçus de n’avoir pas retrouvé leurs noms dans un album alors qu’ils avaient payé !

On comprend dès lors l’engouement que suscite la sortie de tout nouveau disque. Les uns, simples fans, se l’arrachent pour vibrer à son rythme ; les autres pour vérifier que leur nom a bien été repris. Mais ces litanies finissent par étouffer la musique jugée monotone et trop bruyante par la critique.

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