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Amnesty et le rock

une love story de plus de vingt ans

lundi 6 septembre 2004

« Music is at the heart of human rights. » Le slogan du projet Music for human rights, développé par la section américaine d’Amnesty, synthétise à merveille près de deux décennies de très étroites relations entre l’ONG de défense des droits humains et la scène musicale pop-rock. Coup d’œil dans le rétroviseur sur ce solide mariage d’amour... et de raison.

Si les années hippies sont indissociables des noms « Woodstock » et « Isle of Wight », l’histoire musicale retient des eighties les méga concerts de charité, où préoccupations humanitaires et show business faisaient bon ménage.

Tout le monde se souvient, bien entendu, du Live Aid, impulsé en 1985 par le chanteur irlandais Bob Geldof pour venir en aide à la population éthiopienne victime de la famine. L’initiative eut un retentissement planétaire. Les concerts simultanés de Wembley et Philadelphie, diffusés sur les écrans de télé de plus de 60 pays pendant 17 heures, rassemblant plus d’un milliard de téléspectateurs autour de la première « grand messe » musicale mondiale.

Le temps des stades

Un an plus tard, Amnesty, forte d’une déjà longue expérience de collaboration avec certains artistes [1], se lance dans l’aventure à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’ONG. Baptisée d’un très rock ‘n roll Conspiracy of Hope, la tournée rassemble tout au long du mois de juin 1986 des artistes aussi prestigieux que Peter Gabriel, Lou Reed, Joan Baez, Bryan Adams, U2, Miles Davis, Bob Dylan, et Sting. Organisée par la section américaine d’Amnesty, la tournée sillonne les States pendant deux semaines. Née dans la tête de Jack Healey, directeur exécutif d’AI USA à l’époque, l’idée est de doper la notoriété d’Amnesty aux États-Unis, une ONG assez confidentielle à l’époque outre-Atlantique, en organisant des concerts dans les principales villes américaines. Pour faire prendre la sauce, il confie l’organisation à un chef trois étoiles, le manager américain Bill Graham, organisateur du Live Aid et de tournées de Bob Dylan et des Stones.

Objectif atteint à l’issue des onze concerts - le dernier est diffusé sur MTV -, avec plus de trois millions de dollars récoltés et, surtout, quelque 45 000 nouveaux membres.

Deux années plus tard, Healey réédite l’expérience, à l’occasion du quarantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH). Avec le Human rights now ! tour, Amnesty touche cette fois le monde entier, à travers une tournée de six semaines et 19 concerts qui, outre les États-Unis et l’Union européenne, fait escale en Amérique du sud, en Europe de l’Est, en Afrique et en Asie.

En tête d’affiche, quelques compagnons de route de longue date comme Bruce Springsteen, Sting et Peter Gabriel, entourés de Tracy Chapman et Youssou N’Dour, deux « jeunes pousses » incarnant parfaitement l’atmosphère très « droit humaniste » de la fin des eighties. Le Human Rights Now ! tour parvient à repousser les limites des « charity concerts » en associant directement les artistes aux campagnes et actions d’Amnesty.

Dix ans plus tard, Amnesty, pour célébrer cette fois le 50e anniversaire de la DUDH, organise dans la salle parisienne de Bercy un nouveau méga concert réunissant les plus fidèles soutiens d’Amnesty (Springsteen, Gabriel, Chapman etc.), deux légendes de la musique (Plant et Page, le mythique duo du Led Zep reformé pour un soir) et des groupes plus « hype » tels que Radiohead et Asian Dub Foundation. Et en 1999, Eurythmics lance le www.peacetour.net, une tournée organisée en Europe, Australie et États-Unis au profit de Greenpeace et d’Amnesty International.

2000, nouvelles recettes

En lançant, en 2001, le projet « Music for human rights », la section américaine innove en impliquant davantage encore les artistes dans une dynamique d’action et en épousant les attentes d’un public résolument jeune et branché « courants alternatifs ». « Notre but principal est de développer des relations avec des artistes qui nous aideront à atteindre les jeunes. Nous continuons à travailler avec des musiciens comme Sting, mais nous devons absolument collaborer avec les futurs Sting », reconnaît Josefine Ciallella, la responsable du projet.

Un CD compilant des chansons de leaders de la pop-rock tels que Coldplay et Radiohead est offert aux nouveaux jeunes membres, des ventes aux enchères en ligne sont organisées pour acquérir des planches de skate décorées par des groupes en vogue ou des tickets « backstage » pour les concerts sold out de System Of A Down, Cypress Hill, Blink 182, Air, etc. Une dynamique de partenariat est également impulsée : avec le festival rock américain itinérant Lollapalooza - adoption d’un prisonnier de conscience - ou avec Miami Music & Multimedia, un nouveau rendez-vous centré sur les nouvelles technologies liées à la musique.

Sur un plan plus international, le mouvement a lancé récemment le projet « Art for Amnesty », une initiative localisée à Dublin qui réunit des artistes du monde entier, toutes disciplines confondues, qui mettent leur talent au service d’Amnesty. En préparation, la réalisation d’une vidéo qui sortira en octobre prochain pour la célébration du cent-cinquantenaire de la naissance d’Oscar Wilde. Les artistes participant au projet liront 150 des écrits du célébrissime auteur sur différents thèmes. Bono, le leader de U2, a confirmé sa participation. David Bowie figure également au nombre des personnalités approchées pour participer à cette vidéo anniversaire. Résolument tendance, isn’it ?

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Notes

[1] En 1976, déjà, les Monty Python mettent sur pied un show comique (« The secret policeman’s ball ») au profit d’Amnesty. La série de spectacles se poursuivra en 1977, 1978 et 1981, avec la participation musicale de Peter Gabriel, Duran Duran, Marc Knopfler, Eric Clapton et Phil Collins.

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