Il faudra attendre 1990 pour que les premiers appels au secours parviennent en Europe de l’Ouest, relayés notamment par MSF. Tous disent la même chose : « Sauvez nos enfants ! ».
De très nombreuses organisations naissent à cette époque dans plusieurs pays et, depuis lors, on estime que 60 000 enfants ont bénéficié de l’aide internationale. Convois humanitaires, aides médicales, mais surtout, accueil des enfants dans des familles ou dans des centres où un mois de bonne nourriture peut faire baisser le taux de contamination par le césium 137 de 20 à 30 %.
Où en est-on 18 ans après ? Pour le savoir AI a rencontré Henri Leconte, qui vient d’accepter la responsabilité de l’ « Association des enfants de Tchernobyl ».
« C’est difficile, dit-il, car le temps a passé, Tchernobyl n’apparaît plus comme une urgence. Pourtant il faut poursuivre, les demandes venant de là-bas continuant d’affluer. Ce sont les offres d’hébergement qui se font rares [1]. Heureusement nous avons nos fidèles. Ceux qui hébergent le même enfant depuis plusieurs années. Oui, dans ma famille aussi, la même petite fille vient passer l’été chez nous depuis 6 ans. Bien sûr, ce n’est pas toujours facile. Il y a le problème de la langue, de la séparation avec les parents, de la différence de niveaux de vie... Mais il faut savoir que les enfants arrivent avec des interprètes qui sont toujours à la disposition des familles, et que des rencontres sont organisées. Les enfants que nous invitons ont de 8 à 16 ans. Notre ASBL est complètement indépendante de toute aide publique d’ici et de là-bas. Nous travaillons avec une organisation parallèle en Biélorussie. Ce sont eux qui choisissent les enfants et nous qui choisissons les familles. Le pays étant ce qu’il est, les difficultés administratives sont innombrables, mais ils en viennent à bout, même s’il arrive que des convois humanitaires n’arrivent pas à entrer dans le pays, suite à la mauvaise volonté des autorités. L’an passé nous avons hébergé 294 enfants, en Belgique francophone. Ce qu’on demande aux familles ? D’être à l’écoute de l’enfant, de l’aimer, le distraire, le nourrir sainement... et participer aux frais du voyage en train à raison de 145 euros environ. Nous espérons voir un jour la communauté européenne prendre ces frais à sa charge... S’il y a plusieurs enfants d’une même famille ? C’est rare, car les familles nombreuses sont exceptionnelles dans ce pays. Les femmes ont tellement peur d’avoir des enfants mal formés ! C’est une hantise. Des enfants malades, vivant séparés de leurs parents ? Non, ceux-là sont accueillis ici par un autre organisme, qui les héberge en collectivité également, pas dans des familles. L’hébergement en famille est limité dans le temps, car il ne faut pas que l’enfant s’installe chez nous. Il a une famille, un pays, c’est là qu’est sa vie. Nous sommes les parents de vacances, c’est tout. ».
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