Fin 2003, cette politique répressive s’est traduite par des condamnations à de courtes, mais fréquentes, peines de prison. Alyaksandr Bukhvostov, président du syndicat des conducteurs de machines agricoles : détenu dix jours après avoir organisé une manifestation pacifique à Minsk en octobre 2003. Alyaksandr Yaroshuk, président du Congrès des syndicats démocratiques biélorusses, et son avocat, Vladimir Odynets, condamnés à dix jours de prison en septembre 2003 à la suite d’un article paru dans la presse sur la dissolution du syndicat des contrôleurs aériens. Alyaksandr Starykevitch, rédacteur en chef du magazine du syndicat indépendant de la presse Salidanarsts, systématiquement harcelé. La liste des syndicalistes réprimés est bien plus longue et ne cesse de croître.
Aux portes de la nouvelle Europe, il est difficile de défendre le droit des travailleurs. Un arsenal de lois empêche l’enregistrement de nouvelles organisations ou permet à l’État de s’immiscer dans leur gestion. « Les défenseurs des droits humains se heurtent quotidiennement à des obstacles, les empêchant d’exercer leur droit à la liberté d’association et de réunion ; ils sont chaque jour confrontés à des violations de leur droit à recevoir et communiquer des informations relatives aux droits humains », a déclaré Amnesty International à la Commission des droits de l’homme, à Genève, le 29 mars, lors de la publication de son dernier rapport. Pour obtenir l’autorisation de créer un syndicat, en dehors de toute la « paperasse »nécessaire, les représentants des employés doivent obtenir l’aval écrit de leur chef d’entreprise qui, bien sûr, refuse généralement de fournir ce sésame. Le fameux décret présidentiel n°2 du 26 janvier 1999, régissant le système bureaucratique d’enregistrement, est également valable pour la création de parti politique ou de tout autre type d’association.
Un nombre inquiétant d’organisations non-gouvernementales (ONG), directement et indirectement engagées dans la promotion et la défense des droits humains en Biélorussie, a été dissous sur la base de textes de lois et règlements controversés, largement considérés comme restrictifs, par un pouvoir judiciaire dont l’indépendance est régulièrement remise en question par la communauté internationale. Aucune des organisations dissoutes et des personnes arbitrairement détenues ou soumises à une amende, n’a vu son appel aboutir. Du coup, n’étant plus membres d’une organisation reconnue et « enregistrée », c’est sur un plan personnel que les défenseurs des droits humains se retrouvent attaqués. Ces restrictions à la liberté d’expression et d’association ne favorisent pas la promotion des droits fondamentaux et des libertés publiques. La plupart des médias sont, de fait, de plus en plus inaccessibles aux défenseurs des droits humains, notamment aux militants des syndicats indépendants.
Faire prendre conscience à la population de ce que sont ces droits et l’informer plus largement sur leurs violations en Biélorussie est de plus en plus difficile. Les publications sur Internet, l’un des seuls médias encore en mesure de fonctionner de façon plus ou moins indépendante, risquent d’être la prochaine cible. En agissant ainsi le gouvernement biélorusse bafoue sans vergogne les Conventions 87 sur la liberté syndicale et 98 de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui garantissent le droit des travailleurs à s’organiser, de même que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qu’il a signé.
Biélorussie
Camarades syndiqués brimés
mercredi 9 juin 2004, par
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