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L’Union européenne, une aubaine pour la minorité tzigane ?

mardi 4 mai 2004, par Véronique Druant

L’été dernier s’est tenue à Budapest une conférence intitulée « Les Roms dans l’Europe élargie ». Cette rencontre, réunissant des dirigeants de neuf pays d’Europe orientale et centrale, des représentants roms, de la Commission européenne, de l’ONU et de la Banque mondiale ainsi que l’homme d’affaires George Soros, a débouché sur la mise en place d’un programme : « 2005-2015 » , la décennie de l’intégration des Roms [1]. Ce 1er mai, quelque 1,4 million de Tziganes sont devenus citoyens européen, avec l’espoir de le devenir à part entière également dans leur pays.

Depuis la chute du mur de Berlin, la population rom [2] bénéficie du jeu démocratique : elle a droit de cité en politique. La création de nombreuses associations tziganes partout en Europe, et particulièrement en Hongrie où le secteur associatif est assez actif, ainsi que la présence de députés roms au sein de différents parlements des nouveaux adhérents en témoignent. L’intégration des Roms dans la société se fait via différents programmes : accès à l’éducation, au marché du travail, promotion de la culture, souvent sous l’égide de l’Union européenne. Croiser un enseignant d’origine tzigane dans un gymnazium (lycée) pragois est depuis la fin des années 90 tout à fait possible.

Mal-aimés

A côté de ces belles initiatives d’ouverture, les différentes associations défendant cette minorité [3] crient dénoncent haut et fort la discrimination persistante à leur égard. La révolte des Tziganes slovaques du mois de mars dernier en est une illustration cinglante. Suite à des mesures prises par le gouvernement slovaque visant à réduire les aides sociales, plusieurs Roms ont pris d’assaut des supermarchés de leur village pour marquer leur mécontentement. Liée à ces mesures impopulaires, c’est aussi l’inertie des autorités slovaques dans la discrimination anti-rom qu’il faut percevoir. En Slovaquie, tout citoyen doit être enregistré dans une commune. Cependant certaines autorités locales refusent d’enregistrer des Tziganes, les empêchant d’obtenir toute aide sociale. Les Roms viennent en général gonfler la classe sociale des plus démunis de tous ces États. En effet, trouver un emploi pour un Rom relève du défi car, d’une part, les populations locales sont loin de leur vouer un amour inconditionnel et, d’autre part, l’accès à l’éducation constitue aussi tout un problème.

En Slovaquie et en Tchéquie, il est encore fréquent de voir des élèves d’origine rom venir peupler les bancs des classes de l’enseignement spécial, sans raison particulière autre que le simple fait d’être tzigane. La discrimination de la part des populations autochtones est monnaie courante. Fin des années 90, la ville d’Usti-Na-Labem dans le Nord de la Bohème, s’est tristement fait connaître par la construction d’un mur dans une de ses rues séparant les habitations tziganes des autres. En Slovénie, il est fréquent que les Roms vivent dans des camps séparés sans commodités ni hygiène. Les Tziganes slovènes sont encore loin de pouvoir bénéficier du statut spécial et avantageux des minorités italiennes et hongroises. Les Roms sont les premières victimes de la mauvaise réputation qui les poursuit, due à une partie des leurs : la vision différente que certains possèdent du bien d’autrui. Et ce n’est pas les touristes, victimes faciles, qui le démentiront

Abus policiers et menace des têtes rasées

Pourtant ce n’est pas la police qui les incite à s’écarter du droit chemin. Que du contraire ! Il n’est pratiquement pas un pays pour se démarquer du traitement brutal et injuste que ses forces de l’ordre réservent aux Roms. Les interpellations en rue, gardes à vue, brutalités et accusations injustes sont encore trop fréquentes à l’égard des Roms. Leur temps de détention est plus long que la moyenne et la tenue de leur jugement souvent retardé. De plus, la police est dans la plupart des cas inefficace pour protéger les Roms des « skinheads », leurs ennemis jurés. En Tchéquie comme en Slovaquie, ces dernières années, le nombre de crimes à connotation raciale (perpétrés principalement par les « skinheads ») n’a fait qu’augmenter. Même si en Tchéquie le gouvernement fait un effort pour recruter des Tziganes dans la police.

De l’holocauste tzigane (600 000 tués par les nazis), en passant par la sédentarisation imposée par l’industrialisation communiste, l’odyssée tzigane du XXe siécle est jalonnée d’histoires odieuses, comme la stérilisation des femmes en Slovaquie, mais aussi d’espoir, comme l’illustre cette école paroissiale rom dans la ville de Suwalki en Pologne, où les cours sont dispensés en polonais et en romani.

Source :
- www.errc.org site de l’European Roma Rights Center à Budapest
- www.usi.hu
- Courrier international N°662
- Country Reports on Human Rights Practices - 2003

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Notes

[1] Voir à ce sujet le Site de l’Open Society Institute de George Soros www.osi.hu

[2] « Rom » signifie « homme » en romani ; Gitan est dérivé du mot Egiptianos ou Egipcians et se réfère à la petite Égypte, région d’Asie mineure peuplée de Roms (terme usité principalement en Espagne et en France) ; Tzigane ou tsigane vient du grec byzantin athinganoï ou astinkanos et signifie « paria » . Dans « Les Tsiganes. Les oubliés de l’Europe », Courrier international, n°662, 10-16/07/2003

[3] Les Roms sont essentiellement établis en Hongrie, Slovaquie, Tchéquie, et dans une moindre mesure en Pologne, Slovénie et dans les trois États baltes, sans compter la place importante des Roms en Roumanie et en Bulgarie, deux pays qui feront partie de la fournée 2007

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