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Relations Cuba-États-Unis : 40 ans, dix Présidents et rien ne change

Par José F.Cornejo

lundi 1er décembre 2003

Enjeu électoral essentiel pour le clan Bush dans la course à la réélection, la conquête des suffrages de la diaspora cubaine des Etats-Unis risque de ramener très bientôt à l’avant-scène de l’actualité le délicat dossier de l’embargo. Si les récentes déclarations du locataire de la Maison blanche laissent entrevoir une nouvelle offensive anticastriste de Washington, il n’est pas impensable à moyen terme de voir la logique de l’embargo être remise en cause. En effet, les secteurs économiques, en particulier le lobby agricole, lorgnent de plus en plus vers le marché cubain qui leur échappe au profit de leurs concurrents [1].

« Le jour est venu : Cuba sera bientôt libre », a déclaré le président Bush à la fin de son discours du 10 octobre dernier dans lequel il annonçait une intensification de la campagne contre le régime cubain de Fidel Castro. Quarante ans, dix présidents et rien ne change dans la politique des États-Unis contre le régime castriste cubain. Plusieurs analystes laissaient entendre que ce discours incendiaire aurait davantage à voir avec la campagne électorale pour assurer sa réélection qu’avec un véritable intérêt pour la situation des droits humains à Cuba. La majorité des Cubains américains résident en Floride, État qui, une fois de plus, sera un lieu-clé pour les élections présidentielles de novembre 2004. D’autres personnes plus perspicaces, comme le pasteur baptiste et dirigeant démocrate Jesse Jackson se demandaient si Bush et ses faucons, vu les problèmes en Irak, n’étaient pas en train de préparer une manœuvre de diversion similaire à celle qui avait conduit le président Reagan en 1983 à envahir la petite île de Grenade pour cacher le retrait des troupes US du Liban.
Avec un Castro presqu’octogénaire et dont l’état de santé ne cesse d’alimenter les conversations, une économie en situation de faillite et un mécontentement croissant de la population, certains observateurs se demandent si les durs de Washington ne seraient pas prêts à conquérir l’électorat de Floride via un détour militaire par La Havane.
Les experts sur Cuba se montrent très sceptiques sur le fait qu’un tel scénario soit jouable, et ce malgré les ardeurs anti-castristes manifestées par différents membres du gouvernement Bush directement liés aux secteurs les plus conservateurs et intransigeants de l’exil cubain américain, comme les secrétaires-adjoints aux Affaires de l’hémisphère occidental Otto Reich et Roger Noriega [2] ou Mel Martinez, en charge du logement dans l’actuel exécutif américain.
Le durcissement - si l’on en croit les discours - de la politique américaine vis-à-vis du régime castriste n ’est analysable qu’à l’aune du constat de l’échec de quarante et une années d’un embargo censé provoquer un changement de régime. Imposé en 1962, en pleine contradiction avec la légalité et le droit international, l’embargo des États-Unis contre Cuba a été renforcé plusieurs fois (loi Torricelli de 1992, loi Helms-Burton de 1996) dans le but d’asphyxier l’économie cubaine et de la ruiner pour ainsi favoriser de possibles changements politiques.
Selon une source officielle cubaine, les dommages économiques directs causés à Cuba par l’embargo depuis son instauration sont évalués à plus de 70 milliards de dollars US, et affectent tous les secteurs de la société cubaine, causant de graves préjudices à la population en ce qui concerne l’alimentation, la santé, l’éducation, la culture, le sport, etc. Cet embargo est condamné par une immense majorité de membres de l’Assemblée générale de l’ONU. Au dernier vote de 2002, 173 pays se sont prononcés en faveur de la levée de l’embargo et seulement 3 contre (les États-Unis, Israël et les îles Marshall). Le contenu normatif de certaines lois de l’embargo, en particulier l’extraterritorialité de ses règles qui prétendent imposer à la communauté internationale les sanctions unilatérales votées par les États-Unis, constituent une violation de l’esprit de la Charte des Nations Unies. L’opposition à cette politique est à son tour croissante à l’intérieur même des Etats-Unis. Les secteurs économiques font valoir qu’ils perdent 1000 milliards de dollars US par an à cause de l’embargo.
En 2002 un groupe de travail bipartite (17 démocrates, 17 républicains) s’est constitué à la Chambre des représentants dans le but de chercher une porte de sortie pour mettre fin à l’embargo. Il y a quelques semaines, pour la première fois de manière conjointe, la Chambre des Représentants et le Sénat (par 56 voix contre 36) se sont prononcés en faveur d’une levée des restrictions qui pèsent sur les citoyens américains bravant l’interdiction de se rendre à Cuba, décision contre laquelle le gouvernement Bush a menacé d’opposer son veto. Désormais, l’embargo est ouvertement remis en cause au sein même des cercles politiques. Récemment, le sénateur démocrate Christopher Dodd s’interrogeait : « Pourquoi les américains peuvent-ils voyager librement vers des pays comme la Corée du Nord et l’Iran qui sont considérés comme faisant partie de « l’axe du mal » par le président Bush, et pas à Cuba ? Pour quelle raison Cuba est-il pire ? ».

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Notes

[1] Le « chapeau » est de la rédaction

[2] Si l’on s’en réfère aux propos tenus le 2 octobre dernier par Roger Noriega devant une commission du Sénat américain, le Président Bush serait « déterminé à voir la fin du régime de Castro et le démantèlement de l’appareil qui l’a maintenu au pouvoir pendant tant de temps. »

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