Le 26 avril 1957, Gustavo Arcos est aux côtés de Castro lors de l’assaut manqué à la caserne de la Moncada. Il doit d’ailleurs à cet événement une jambe paralysée. Comme lui encore, il se retrouve en prison et il est également amnistié 21 mois plus tard. Il suit également Castro dans son exil mexicain. C’est ensemble qu’ils fondent le Mouvement du 26 avril, pour chasser Batista et faire de Cuba une démocratie. Malade, il ne prend pas part au voyage à bord du Granma et au débarquement sur l’île, mais son frère Luis y laissera la vie. Gustavo dirige le mouvement depuis le Mexique et assure la logistique de la guérilla. Après la victoire de la Révolution, il rallie Cuba, mais que va faire Fidel de ce frère d’armes trop proche et trop différent, trop chrétien et trop ennemi de la violence, car c’est à contrecœur et après avoir réfléchi toute une nuit qu’Arcos s’était joint à l’expédition Moncada que Fidel avait décidée dans le plus grand secret ? Par la suite, les discussions entre eux seront fréquentes. Arcos désapprouve les liquidations expéditives de ceux qu’on soupçonne d’être des traîtres. Aussi Fidel décide de l’éloigner du « trône » et, en 1960, l’envoie… en Belgique en tant qu’ambassadeur. Il y noue des liens d’amitié étroits avec plusieurs socialistes de notre pays comme Roger Lallemand et Ernest Glinne qui ne l’oublieront jamais. Gustavo Arcos reste à son poste jusqu’en 1964. Il est préoccupé par l’évolution autoritaire du régime personnel de Castro et a le tort de le dire. En 1964, il est rappelé et, deux ans plus tard, il est jeté en prison pour « activité contre-révolutionnaire ». Condamné à dix ans, il en purgera cinq. Il est alors assigné à résidence sans pouvoir recevoir ni visites ni appels téléphoniques. Castro lui propose un marché À l’époque, son ex-femme et ses deux fils vivent à Miami. En 1981, son fils tombe dans le coma après avoir été renversé par un chauffard. Gustavo, fou d’inquiétude, supplie Fidel de le laisser partir. Castro refuse. Il prend alors la mer clandestinement avec son frère Sebastian, mais ils sont interceptés par des garde-côtes cubains. Nouvelle arrestation, nouvelles condamnations. Sept ans pour Gustavo, six ans pour Sebastian. Fidel va voir son ex-camarade en prison et lui propose un marché : il se rallie et il est immédiatement libéré, sinon… Gustavo refuse. C’est alors que, geste rocambolesque, Fidel fait revenir à Cuba toute sa famille. La médecine socialiste, dit-il, sauvera celui que la médecine capitaliste a condamné. Gustavo a droit à une entrevue. En prison, où les conditions de vie sont exécrables, il rencontre d’autres prisonniers politiques. Ensemble, ils fondent le Comité Cubain des Droits de l’Homme. En 1988, à la suite des pressions internationales répétées, il est libéré. Il devient alors Président du Comité, son frère en étant le vice-président. Au nom du Comité, et malgré l’avis contraire d’autres mouvements dissidents, il demande à Fidel d’ouvrir un dialogue avec tous les membres de la société civile cubaine. En réponse, les deux frères font l’objet de violents actes de répudiation, le régime allant jusqu’à organiser des manifestations devant leur domicile. En 1992, les deux frères sont encore une fois arrêtés. Gustavo, parce qu’il est trop connu, est libéré après deux jours, tandis que Sebastian reste en prison. Amnesty International l’adopte et confie son cas au groupe 43 de Bruxelles. Il mourra cinq ans plus tard d’un cancer, faute de soins adéquats. Aujourd’hui, Gustavo Arcos continue son combat pour la liberté. Il vient de cosigner un appel des dissidents cubains à la continuation de la lutte, après les arrestations et les exécutions de mars et avril. L’appel se termine par ces mots : « Il est nécessaire que nous, les dissidents, opposants, activistes des Droits humains et autres composantes de la société civile, nous nous unissions face à l’arbitraire et à la répression ». Du temps de son combat contre Batista, Gustavo portait le pseudonyme d’Ulysse. Est-ce parce qu’il s’était bouché les oreilles pour ne pas entendre les chants des sirènes castristes, ou parce que, tel Ulysse en route pour Ithaque, toute une vie ne lui aura pas suffi pour rejoindre la démocratie dont il rêvait ?
Gustavo Arcos, le héros paria de Cuba
lundi 1er décembre 2003, par
Il a le même âge que Fidel. Fruit de cette génération de révolutionnaires latino-américains qui voulaient redessiner tout un continent, Gustavo Arcos a fait partie du cercle des intellectuels qui autour de Castro et Guevara ont fait la révolution, fusil au poing. Jusqu’à ce qu’il se rende compte, très vite après la prise du pouvoir, des velléités dictatoriales du « Lider Maximo ». Le rêve allait rapidement virer au cauchemar pour cet idéaliste.




