Les faits
Mars 2003 : le 18 mars 2003, une vague d’arrestation sans précédent s’est abattue sur tous les courants de la dissidence. Amnesty est prévenue que plus ou moins 80 personnes arrêtées pourraient être des prisonniers d’opinion. Les procès ont lieu sans tarder. Les inculpations (prévues par la loi 88 de 1999, loi intitulée « loi de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba ») vont du crime d’irrespect (desacato) au crime de propagande ennemie. Cette loi permet en outre de qualifier toute personne ayant des contacts avec le gouvernement des États-Unis, de soutien à l’embargo et de dommage à l’économie de l’île, et prévoit pour ces crimes de lourdes peines allant jusqu’à la peine de mort. Amnesty lance immédiatement une action.

- Des femmes de dissidents tentent de se réconforter devant le tribunal alors qu’elles viennent d’apprendre les lourdes sentences auxquelles ont été condamnés leur mari. Certains ont écopé de 28 ans de prison… La Havane, Cuba. Avril 03 © AP
Avril 2003 : 75 jugements sont rendus da façon expéditive. Les peines sont exorbitantes. Elles vont jusqu’à 28 ans de prison. AI décide « d’adopter » les 75 prisonniers. [1]
Indépendamment de cela, le 2 avril, un groupe d’hommes, voulant fuir vers la Floride, tente de détourner un ferry transportant quelques dizaines de passagers. La tentative échoue. Il n’y a pas effusion de sang et néanmoins trois des responsables du « hijacking » sont jugés, condamnés à mort et exécutés, le tout en moins d’une semaine. Le moratoire sur la peine de mort qui durait depuis trois ans - bien que non inscrit dans la loi - a vécu. AI craint à juste titre qu’après ce précédent, les exécutions ne reprennent à Cuba. Il y a actuellement 50 prisonniers dans les couloirs de la mort.
Le point de vue de cuba
Comme par le passé, les autorités cubaines justifient le durcissement de la répression comme étant une réponse à l’agression US, montrant particulièrement du doigt le rôle joué par James Cason, en charge du bureau des intérêts US à La Havane [2]. Celui-ci, depuis son arrivée en septembre 2002 aurait multiplié les contacts avec les milieux dissidents politiques, religieux, syndicaux, corporatifs etc… En ce qui concerne le détournement du bateau, Cuba veut clairement décourager les tentatives de quitter l’île illégalement et accuse les États-Unis d’encourager cette migration clandestine en garantissant aux Cubains l’obtention d’un statut légal dès leur arrivée sur le sol US.
La réaction internationale
Hormis les milieux inconditionnellement pro-cubains, jamais la condamnation de cette vague de répression n’a été aussi généralisée. Une partie significative de la communauté internationale n’a pas accepté les justifications avancées par La Havane et a jugé cette répression excessive et inappropriée. Néanmoins, Cuba qui n’a pas été condamnée par la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU (une proposition allant dans ce sens a été rejetée), continue à s’opposer à la visite d’un rapporteur spécial et a été réélu parmi les 53 membres de la Commission.
Actes d’accusation des 75 prisonniers
AI ayant eu accès aux actes des procès, l’organisation a immédiatement rendu public les différents chefs d’accusation retenus.
Avoir publié un article ou une interview dans des médias étrangers, critiquant la politique sociale ou économique de Cuba, ou consacrés aux droits humains sur l’île.
Avoir eu des contacts avec des organisations internationales de défense des Droits de l’Homme.
Avoir eu des contacts avec des individus clairement hostiles aux intérêts cubains, fonctionnaires américains résidant dans l’île ou leaders des groupes d’opposition habitant les EU ou l’Europe.
Avoir distribué ou être en possession de matériel audio-visuel provenant de la section des Intérêts américains de La Havane.
Être membre d’une organisation non reconnue, telle qu’un syndicat ou une association professionnelle non officiels, être libraire indépendant, journaliste indépendant ou membre d’un groupe religieux, etc.
Le projet Varela

- Des activistes cubains déposent la pétition du « Projet Varela » à l’Assemblée Nationale de Cuba à La Havane. Cette pétition propose la mise sur pied d’un référendum sur des sujets tels qu’ une amnistie en faveur des prisonniers politiques et le droit de libre entreprise © AP
Parmi les dissidents arrêtés, une quarantaine sont des promoteurs du « Projet Varela ». Il s’agit d’une pétition qui recueille des signatures en vue d’organiser un référendum qui porterait sur des modifications du système électoral et sur le droit d’association. Ce référendum proposerait aussi la libération de tous les prisonniers politiques. La Constitution s’engage à organiser tout référendum pour lequel 10.000 signatures auraient été obtenues. En Mars 2002 une première collecte de signatures (dépassant les 10.000) a été soumise sans succès à l’Assemblée Nationale. Les organisateurs du projet Varela ne se découragent pourtant pas. Oswaldo Paya, son initiateur, a reçu en décembre 2002 le Prix Sakharov du Parlement européen pour son action en faveur de la démocratie et des droits humains. Depuis les arrestations, Oswaldo Paya a remis au Parlement 10 384 nouvelles signatures. « Si des milliers de personnes continuent à réclamer le changement d’une manière ouverte et transparente malgré la répression, c’est que le changement a commencé », a-t-il déclaré à cette occasion.
Sources : documents Amnesty - consultables sur http://efai.amnesty.org




