
- En Croatie, la ville dévastée de Turanj où des milliers de réfugiés bosniaques ont essayé de se mettre à l’abri.© Sebastiao Salgado
Et la terre ? Comment va la terre ? Elle tourne. Mais elle tourne mal. Pas seulement parce que la guerre n’a rien résolu ni en Afghanistan ni en Irak, parce que la spirale de la violence sème la terreur et la haine tant en Palestine qu’en Israël, parce que les guerres ethniques en Afrique ne sont pas près de s’arrêter, mais aussi à cause des chiffres suivants :
1,3 milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour.
40 millions de personnes, dont la majorité sont des enfants, meurent de faim chaque année.
La réduction d’1% des dépenses militaires suffirait à ce que tous les enfants du monde aillent à l’école.
On ne le fait pas ? Non, on ne le fait pas, ce n’est pas l’urgence. L’urgence, c’est la lutte contre le terrorisme, celui de Bin Laden et d’Al Qaeda. Pourtant, refuser à plus de la moitié de l’humanité la nourriture, l’eau, les médicaments, l’instruction et le respect, cela ne peut-il pas s’appeler aussi terrorisme ?
Bien sûr celui qui s’étale à la une des quotidiens et éclabousse de sang nos écrans de télévisions nous fait horreur, mais ne peut-on y voir une conséquence de l’extrême inégalité du monde où nous vivons ? Et celle-ci ne tue-t-elle pas d’avantage ?
« Nous sommes dans un monde où un homme a davantage de chances d’être jugé s’il tue une seule personne que s’il en tue 100 000 », a dit Kofi Anan. Qui sont-ils ces « serial killers ? À quel jeu jouent-ils ? Pourquoi jouissent-ils la plupart du temps d’une totale impunité ? Et nous, les indignés, que pouvons-nous faire, face à eux ? En sommes-nous réduits à distribuer des soins…palliatifs à leurs victimes ? Laisserons-nous toujours le dernier mot à ceux qui claironnent que « la victoire est au bout du fusil » (et la démocratie au bout du bombardier) ? Voyons les choses en face. Et tentons de les comprendre. Nous vivons dans un monde violent, une violence alimentée principalement par trois sources : l’idéologie, l’intérêt et le désespoir.
La violence idéologique
« On a raison de se révolter » disait Sartre, au nom des damnés de la terre qui veulent que le pouvoir change de main. « Mort aux infidèles » clament les fous de Dieu qui veulent purifier la terre par le sang. Et pour cela on tue, sans toujours se rendre compte que d’autres, en coulisses, y trouvent leur intérêt. Face à eux, l’État se défend avec les armes qui sont les siennes : l’armée et la police. Et la surenchère de la violence se déchaîne
La violence économique.
Elle est « scientifique ». Elle se base sur les nécessités d’une « saine gestion ». Elle obéit aux inflexibles « lois du marché ». Elle défend les intérêts bien compris des entreprises, des multinationales et des latifundistes. Le résultat ? Des travailleurs licenciés, exploités, déplacés, abandonnés, quand ils ne sont pas empoisonnés par l’amiante, rendus fous par les rythmes de travail, affamés par la baisse de leurs revenus qui ne leur permettent plus de nourrir leurs familles.
La guerre Qu’elle soit civile, déclarée, ou préventive, l’idéologie et l’intérêt y sont toujours étroitement imbriqués, la première servant d’alibi au second. Les empêcher, les prévenir, est un rêve permanent de l’humanité. Y parviendra-t-elle un jour ?
La violence individuelle
C’est celle des délinquants, des bandes organisées (ceux qu’en Amérique du Sud, on appelle « piranhas »), mais aussi des familles et des cours de récréation. Cette violence est souvent présente chez les jeunes, et ses victimes sont les plus faibles de notre société, pauvres, femmes, enfants, vieux, étrangers. On la dit renforcée par la télévision et les jeux vidéo mais ne l’est-elle pas aussi par la violence ambiante d’une vie, de plus en plus urbaine, dominée par l’angoisse « de ne pas y arriver ». Une vie du toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus grand, toujours plus riche, toujours plus ?
Chacune de ces violences laissera derrière elle ses milliers de victimes, dans une déferlante que d’aucuns tentent de justifier.
Le 17 avril 1793, Marat proclamait « C’est par la violence qu’on doit établir la liberté, et le moment est venu d’organiser momentanément le despotisme de la liberté pour écraser le despotisme des rois »
Marat est mort assassiné et cette époque s’est appelée la terreur. Aujourd’hui n’est-ce pas une forme de terreur que connaissent les Libériens, les Colombiens, les Palestiniens…. ? Alors ? Stop ou encore ? À partir du moment où nous refusons de construire notre bien-être sur le malheur de 80 % des habitants de la planète, nous avons, devant la marche du monde, un devoir d’insoumission. Ne l’oublions pas !




