En 1997, Mugabe envoie ses troupes au secours du pouvoir de Laurent-Désiré Kabila que le Rwanda et l’Ouganda, avec la bénédiction des Etats-Unis, ont décidé de renverser. L’armée zimbabwéenne, qui a compté jusqu’à 12.000 hommes au plus fort de son engagement, sauve la mise pour Kabila alors que des unités rebelles appuyées par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi s’apprêtent à s’emparer de Kinshasa. L’Afrique du Sud est de mèche avec les rebelles, mais la Namibie et l’Angola interviennent aux côtés du Zimbabwe [1]. Symbole de la « résistance africaine » En janvier 2001, le Zimbabwe, alors très présent à Kinshasa, soutient Joseph Kabila qui succède à son père assassiné. Si aujourd’hui les troupes zimbabwéennes se sont totalement retirées du Congo, les deux pays continuent à entretenir d’étroites relations, surtout économiques. Malgré le conflit, les affaires se sont poursuivies, notamment dans le secteur des mines et du bois. Le Congo a, d’ailleurs, largement récompensé le soutien militaire du Zimbabwe par des contrats liés à des dépenses militaires et à l’exploitation des ressources minières. Les relations avec l’Afrique du Sud sont plus mitigées. D’une part, le président Mbeki ne désire pas déplaire aux Occidentaux. Il aurait d’ailleurs promis au président G.W. Bush, lors de sa récente visite en Afrique du Sud de « s’arranger » pour que Mugabe quitte le pouvoir avant la fin de l’année. Bush aurait, en échange, laissé augurer le déblocage d’une somme de 10 milliards de dollars pour la reconstruction du Zimbabwe. L’Afrique du Sud fait partie du Commonwealth et Mbeki a donc souscrit, avec son collègue nigérian Obasanjo et sous la pression de Londres, à la suspension du Zimbabwe du Commonwealth. Si, sur la scène internationale Mbeki suit le mouvement international d’exclusion du leader zimbabwéen, il adopte un profil beaucoup moins catégorique quand il évoque ce dernier à l’échelon national. Il reste, dans ce contexte, très attentif à l’opinion de sa population noire qui considère Mugabe comme un héros, le champion de la cause africaine. Quand il évoque son encombrant voisin, le leader sud-africain parle d’ agir en « douceur » et évoque le respect de la souveraineté des États. Une approche qui est partagée par l’ensemble des États de la région. Ainsi, lors du dernier sommet de la Communauté pour le Développement de l’Afrique australe (SADC) [2], en août 2003, les leaders régionaux se sont prononcés à l’unanimité pour la levée des sanctions imposées par le Commonwealth, l’Union européenne et les États-Unis car « celles-ci n’affectent pas que les gens ordinaires au Zimbabwe, mais elles ont également des implications profondes, sociales et économiques, dans l’ensemble de la région » [3]. Persona non grata, sauf à Paris Le moins que l’on puisse dire, c’est que Mugabe n’est pas en odeur de sainteté en Occident. Aux États-Unis, le secrétaire d’État Colin Powell parle de tyrannie. Selon le secrétaire d’État, la réforme agraire avait peut-être une finalité sociale, mais elle n’a servi que les intérêts personnels de l’équipe dirigeante. Aussi, il appelle l’Afrique du Sud à aider les États-Unis à renverser le régime [4]. Les États-Unis ont également sanctionné le Zimbabwe en décidant de geler les avoirs du président et de 76 ressortissants zimbabwéens, d’interdire de séjour en Occident Mugabe et les dignitaires du régime et d’interdire à tout citoyen américain toute transaction ou opération avec les personnes concernées, tout cela, en raison des mesures antidémocratiques prises par les autorités de Harare. Le Commonwealth ayant suspendu le Zimbabwe, les Britanniques ont fait pression sur l’Union européenne pour qu’elle prenne, elle aussi, des sanctions contre le président pestiféré. Le 16 février 2002, les Quinze ont décidé de geler les avoirs à l’étranger du chef de l’État zimbabwéen et de 19 de ses proches et les ont interdits de séjour sur le Vieux Continent. Pourtant, la France a obtenu de l’UE, en échange de son soutien au renouvellement des sanctions, d’inviter Robert Mugabe au sommet franco-africain qui s’est tenu à Paris en février dernier. Cette visite a provoqué de houleux débats entre les Quinze et a irrité Londres au plus haut point. Le cas Mugabe empoisonne les Européens à tel point qu’ils ont décidé de reporter sine die le sommet UE-Afrique, qui aurait dû se dérouler au Portugal en avril dernier [5].
Un pays au banc de la Communauté internationale
mardi 30 septembre 2003, par
Notes
[1] Les Nouveaux Prédateurs de Colette Braeckman. Éd. Fayard
[2] La SADC rassemble l’Afrique du Sud Lesotho, le Swaziland, le Botswana, la Namibie, l’Angola, le Zimbabwe, la Zambie, les Seychelles, Maurice, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Mozambique et le Malawi.
[3] http://allafrica.com/stories/printa...
[4] Colin Powell in International Herald Tribune 25 juin 2003
[5] Libération :20 février 2003




