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L’enjeu de la terre

mardi 30 septembre 2003, par Claude Gouzée

Il y a un an Robert Mugabe se voyait acclamé par le public africain du Sommet de la Terre, qui se tenait en Afrique du Sud. Il avait lancé : « Blair, bas les pattes de ma terre ! Garde ton Angleterre et laisse-moi mon Zimbabwe ».
Ceux qui l’ovationnaient étaient pour la plupart les représentants d’anciennes colonies. Dans ces pays, la terre, jadis achetée ou confisquée par le colonisateur, y est encore en grande partie entre les mains de ses héritiers. Mais plus au Zimbabwe.
Les Noirs d’Afrique du Sud, eux aussi admirent et soutiennent ce chef d’État qui a « rendu la terre à son peuple » plus vite que leurs gouvernements à eux. Et, à la dernière réunion des pays du Commonwealth, seuls les membres blancs ont voté la prolongation de la suspension du Zimbabwe, attitude traitée par les autres de « néocolonialiste ».

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1975. Dix ans après la proclamation de la « première indépendance », les militaires britanniques sont toujours là, recrutent au sein de la population blanche qui détient l’économie du pays. Ici, un centre de recrutement pour les forces de sécurité britanniques. Ce n’est qu’en 1980, que la véritable indépendance sera proclamée.© D.R.

Trois preuves, parmi bien d’autres, de la persistance de la « colour bar » (discrimination raciale). Et, de même, dans les medias européens, de quoi parle-t-on surtout à propos du Zimbabwe ? De l’expropriation des fermiers blancs, où l’on voit le plus grand crime de Mugabe. Si crime il y a, pourtant, il faut admettre que c’est beaucoup plus dans la façon dont cette expropriation fut conduite que dans son principe. En effet, la réforme agraire était bel et bien prévue dès I98O dans les accords de l’indépendance. La Grande-Bretagne et les Etats-unis avaient promis des fonds considérables destinés à dédommager les colons britanniques, qui possédaient la majeure partie des terres fertiles. Mais ces fonds, Mugabe n’en a vu qu’une très petite partie, vite tarie.
Au début d’ailleurs, tout allait bien. A l’époque, il était si bien vu par l’Occident que la Banque Mondiale lui avait prêté de quoi développer l’éducation et la santé de son pays, ce qu’il fit avec grand succès. Mais bientôt, il fallut songer à rembourser. Il était moins pressé, et là comme ailleurs, se développait la corruption et l’enrichissement des puissants.
Alors, là comme ailleurs, le FMI imposa bientôt un Plan d’Ajustement Structurel qui arrêta brutalement les progrès de la politique généreusement sociale de Mugabe. Et comme ailleurs, le mécontentement grandit avec le chômage. Mugabe recourt alors de plus en plus aux promesses, puis à la distribution des terres confisquées aux colons. Mais ces terres, hélas, tombaient trop souvent entre les mains de sa clientèle d’aparatchniks du régime, de vrais ou faux « vétérans » de la guerre d’indépendance. Et pas dans celles de paysans sans terre qui, eux du moins, connaissent le métier.
Et la brutalité s’ajoutait à l’injustice et à l’incapacité, la violence exercée sur les colons (dont certains furent tués) et celle, bien pire encore, infligée à leurs ouvriers agricoles, chassent les uns et les autres sur les routes de l’exil. Beaucoup d’ouvriers venaient du Mozambique (mais n’en avaient plus la nationalité). Et l’Afrique du Sud fermait ses frontières aux étrangers, surtout pauvres. Actuellement le Zimbabwe, autrefois grenier de l’Afrique Australe, est menacé, sécheresse et inondations aidant, d’une des pires famines du siècle.
En Occident, plus les observateurs sont progressistes, plus ils prennent la défense de Mugabe. Ils se sentent co-responsables de la façon dont les pays riches ont traité son pays. Mais aussi, du coup, ils en viennent à négliger le sort terrible de ses victimes, de son peuple. Amnesty International ne peut en faire autant. « Si ce n’est pas nous qui les défendons, qui le fera ? Si ce n’est pas maintenant, quand ? » demandait un délégué Amnesty d’Afrique du Sud à une réunion de la SADC (pays d’Afrique Australe).

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