Depuis ces dernières années, le Parlement zimbabwéen est passé maître dans l’art de promulguer des lois limitant les libertés de la presse et de tout citoyen. Avec pour objectif, à peine voilé, de faire taire ou arrêter tout journaliste qui aurait un regard « trop critique » sur Robert Mugabe et son administration. Le déploiement de cet arsenal liberticide semble constituer la seule réponse trouvée par le régime au développement progressif de médias non gouvernementaux et de mouvements d’opposition. Jusqu’en 2000, seule la Zimbabwe Broadcasting Corporation pouvait diffuser des émissions de radio et de télévision. En septembre 2000, la station de radio privée Capital Radio entame une action devant la Cour Suprême afin de dénoncer ce monopole des ondes. La station indépendante obtient gain de cause et commence à émettre ses propres émissions. Moyo reçoit la Framboise d’or La réaction gouvernementale ne se fait pas attendre : la Loi relative aux services de radio-télédiffusion confie à la Broadcasting Authority of Zimbabwe (BAZ) la tutelle sur le secteur, et confère au ministre de l’Information, Jonathan Moyo, le pouvoir de délivrer des autorisations d’émettre aux nouvelles stations. Les stations de radio indépendantes sont déclarées illégales ; elles doivent cesser d’émettre et leur matériel est saisi [2]. Quant à la chaîne privée JOY Tv, qui diffusait entre autres les informations de la BBC, elle se voit refuser sa licence. Pour le ministre Moyo, auquel le journal britannique « Index on Censorshipe » a décerné le prix de la Framboise d’or 2003 pour « services rendus à la censure ». Il ne s’agit en effet que d’étrangers « n’ayant pas à cœur les intérêts du Zimbabwe ». En décembre 2001, la Loi relative à l’ordre public et à la sécurité enferme encore un peu plus la presse et la société civile dans un carcan. Adoptée quelques mois avant les élections, pour contrer la montée en puissance du principal parti d’opposition, le Movement for Democratic Change (MDC), cette loi accorde à la police des droits élargis et anéantit la liberté de réunion. Elle interdit aux zimbabwéens de critiquer les autorités et d’organiser des manifestations pacifiques de désobéissance civile. Les autorités l’utilisent fréquemment contre les sympathisants de l’opposition, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains. Ce texte couvre les arrestations arbitraires de la police. Pas encore tout à fait rassasié, Robert Mugabe signe, aussitôt après sa difficile réélection à la présidence, en mars 2002, la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée, qui surpasse les lois anti-médias du pays, déjà draconiennes. Ce texte, rédigé en secret, criminalise la publication « de fausses informations » et donne au gouvernement le droit de décider qui peut et ne peut pas travailler comme journaliste au Zimbabwe. Les autorités avancent que la loi écartera les « éléments dangereux » du pays - une idée largement interprétée pour signifier les correspondants étrangers.

- Un policier zimbabwéen armé monte la garde devant les bureaux du deuxième journal le plus important du Zimbabwe, le Daily News, à Harare le 13 septembre 2003.© AFP
« Jungle médiatique » Le chef de l’État et son très véhément ministre de l’Information, Jonathan Moyo, ne sont en effet pas avares de déclarations incendiaires à l’encontre de la presse. Ainsi, la BBC et les quotidiens britanniques The Guardian et The Telegraph sont accusés de « travailler pour les services de renseignements britanniques ». Et Moyo, d’ajouter que « dans l’intérêt du respect de la loi, les autorités compétentes vont traquer ces individus et stopper la jungle médiatique qu’ils essaient de créer » [3]. Et, de fait, il s’agit bien d’une traque aux journalistes. Depuis janvier 2001, une quarantaine de journalistes « rebelles » ont été arrêtés et on ne compte plus les cas de menaces et d’intimidations envers les médias indépendants.
« Le plus difficile, c’est pour les journalistes de la presse étrangère qui ont quasiment tous été expulsés. Il n’y a plus de correspondants étrangers en poste au Zimbabwe puisque le dernier, Andrew Meldrum, a été expulsé », constate Jean-François Julliard, responsable des recherches sur l’Afrique au secrétariat national de Reporters sans frontières à Paris. Andrew Meldrum travaillait pour le journal anglais The Guardian. Il a été le premier journaliste arrêté en vertu de la loi relative à l’accès à l’information et à la protection de la vie privée après avoir évoqué une information faisant état de la décapitation présumée d’une femme par les membres du parti du président, la ZANU-PF. Bien que la Haute Cour ait suspendu l’ordonnance d’expulsion, le journaliste a tout de même été embarqué de force dans un vol pour Londres en mai dernier. Le 26 novembre 2002, Stéphane Barbier, directeur du bureau de l’Agence France Presse à Harare, se voit refuser le renouvellement de son accréditation. Il finit par quitter le pays. Le 16 mai 2002, la police a arrêté trois personnes travaillant pour l’hebdomadaire indépendant, The Standard. On les accuse « d’abus de privilège journalistique » et de « publication de fausses nouvelles ». Ils encourent une peine pouvant atteindre deux ans de prison et une amende de 100 000 dollars zimbabwéens (environ 2000 euros) [4]. Quant à Geoff Nyarota, l’ancien rédacteur du Daily News, il a été arrêté à six reprises depuis 2000. Sans cesse harcelés et menacés par les forces de l’ordre ou les sympathisants du pouvoir en place, nombre de journalistes sont contraints de quitter le pays pour créer des médias indépendants basés à l’étranger. Deux radios, installées en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, diffusent ainsi des programmes vers le Zimbabwe, s’attirant les foudres du pouvoir, irrité par ces émissions qui échappent à son contrôle. En janvier dernier, l’intarissable ministre de l’Information demandait officiellement à l’Union européenne de faire pression sur les gouvernements anglais et néerlandais afin qu’ils cessent de « sponsoriser les radios qui émettent en ondes courtes au Zimbabwe ». Des charges qui n’impressionnent guère les Quinze. Il est vrai que Robert Mugabe est désormais interdit de séjour en Europe et que ses avoirs financiers dans les pays de l’Union sont gelés.




