Grace Kwinjeh avait sept ans lorsque son pays est devenu indépendant. Ses souvenirs à ce sujet ? Elle était heureuse, mais elle n’est pas comme ces vétérans qui aiment tant parler de leur guerre. Et elle passe à l’essentiel : elle a fait des études de journalisme, travaillé pour un quotidien, ce qui lui vaut sa première arrestation. En 98, l’armée zimbabwéenne est envoyée au Congo alors que le pays l’ignorait. Elle publie un article sur une des premières victimes de la guerre... et se retrouve en prison. Pas bien longtemps... Différents postes l’amènent à s’occuper des droits humains (et, de plus en plus, de la femme) ; des accords de Lomé, d’où des contacts avec l’Union européenne ; et des syndicats, d’où des contacts avec le MDC (Mouvement pour le changement démocratique), parti d’opposition qu’elle contribue à créer. Elle organise une « marche de la paix »... qui l’envoie une seconde fois en prison. Et Amnesty International contribue à sa libération ! Elle vit à Bruxelles depuis deux ans avec son compagnon béninois et leurs deux enfants. Actuellement, elle représente le MDC, son parti qu’elle défend bec et ongle, auprès de l’Union européenne.

- Les restes calcinés d’un des bureaux du principal parti d’opposition, le MDC (Mouvement démocratique pour le changement). Des graffitis vengeurs de partisans du MDC défient le pouvoir sur les murs de la ruine.© Private
Grace Kwinjeh : Le MDC est né en 1999 des syndicats (que la terrible situation économique et la corruption du gouvernement avaient dressés contre Mugabe). C’est d’ailleurs toujours un parti fortement ancré dans le monde du travail. Libertés ! : Certains lui reprochent ici d’être une marionnette manipulée par les « néocolonialistes » sur place et à l’étranger. C’est faux ! Et j’ai regretté que le très bon film sur Arte qui retraçait l’histoire de mon pays ait donné cette impression par son montage. C’est vrai que tous ceux qui voudraient que le pays soit gouverné autrement mettent leurs espoirs dans le MDC. Et, s’il a été battu aux élections de 2002, c’est à cause de la brutalité de la campagne de Mugabe. Quel paradoxe que les gens de gauche, ici, démolissent mon parti si souvent ! Et en Afrique ? Jusqu’en 1997, ses voisins avaient raison d’admirer le Zimbabwe qui avait une très forte société civile. Mais maintenant, c’est avec colère que j’entends parler de « démocratie africaine », celle où on viole les droits humains, et c’est normal ! Mais les Noirs, en Afrique et ici, sont parfois si frustrés, si humiliés, qu’ils se réjouissent d’entendre Mugabe agresser des Européens. Ils en oublient comment il traite son peuple !




