L’anecdote a fait le tour du Monde : Ousama ben Laden a arrêté d’utiliser son téléphone satellitaire en 1998 après avoir échappé de toute justesse à une volée de missiles de croisière US tirés sur son camp d’entraînement de Khost, en Afghanistan. Le futur ennemi public mondial venait d’être trahi par son portable. Loin des terrains de prédilection des services secrets, le GSM [1] de monsieur et madame tout-le-monde est lui aussi en mesure d’offrir des informations sur vos déplacements. Deux mots d’explication. Le téléphone mobile fonctionne au moyen de signaux radios qui transitent via des émetteurs souvent installés en haut d’immeubles dans les villes. Chaque émetteur couvre une zone géographique dont la taille varie de 50 mètres à 10 kilomètres. Les techniques de localisation de votre téléphone cellulaire utilisent soit le GPS [2] qui repose sur les satellites, soit la triangulation du réseau GSM : un utilisateur se trouve toujours dans une zone couverte non seulement par un émetteur principal, mais également par deux émetteurs secondaires, ce qui permet d’éviter les coupures de communication en cas de déplacement. On détecte où se trouve l’abonné en recoupant les informations qui proviennent de ces trois émetteurs. C’est la méthode choisie par les forces de police quand elles mènent des enquêtes afin de localiser de présumés criminels. La géolocalisation est donc le principe de base du fonctionnement de tout téléphone mobile. Cette localisation peut sauver des vies, en localisant par exemple un véhicule accidenté ou des promeneurs égarés. Mais elle peut également se transformer en pistage. En février 2000, la société Cellpoint, alors leader des services de localisation cellulaire, lançait un pavé dans la marre, en dévoilant un service de localisation pour le grand public nommé Finder. Finder permet d’afficher sur l’écran de son mobile la distance qui vous sépare d’un ami, d’un collègue ou d’un conjoint qui possède un GSM. La réponse peut même s’afficher graphiquement sur une carte si le téléphone est relié à l’Internet. Dans la foulée de Cellpoint, les grosses sociétés de services ont bien perçu les potentialités commerciales de la géolocalisation via GSM. À l’ère du mobile classique, il y avait déjà le « push », soit l’envoi de pubs par SMS à un abonné suffisamment consentant pour avoir livré à son opérateur les informations personnelles qui permettent de le « profiler ». Avec la nouvelle génération de téléphones portables, notamment ceux estampillés GPRS [3], qui affinent encore un peu plus la localisation, l’ abonné pourra par exemple recevoir les offres promotionnelles de la grande surface la plus proche ou trouver un hôtel dans la ville dans laquelle il vient de débarquer. En Belgique, Proximus s’est lancé dans la bagarre sur ce très prometteur nouveau marché. En mars dernier, l’opérateur lançait les « Proximus Location Services » qui « permettent de trouver une pizzeria, une boulangerie, une station-service, un hôpital, un night-shop, une friterie … quelle que soit la ville dans laquelle le téléphone est situé ». Le réseau de Proximus est, précise l’opérateur, « capable de connaître l’endroit exact d’où la demande a été effectuée grâce au Location Server d’Alcatel ». Cette localisation de l’abonné à ce nouveau service ne manque pas de soulever de multiples interrogations. L’abonné restera-t-il maître de son choix ? Les traces de ses déplacements seront-elles conservées ? Par qui, combien de temps et pourquoi ? De telles interrogations sont légitimes depuis les récentes dispositions législatives initiées dans de nombreux pays occidentaux après les attaques du 11 septembre. Certaines de ces lois ne prévoient-elles pas la « rétention préventive » d’une foule de données électroniques ?
Mon GSM, ce mouchard que j’ignore
mercredi 10 septembre 2003
Le téléphone portable est devenu aujourd’hui, pour la plupart d’entre nous, un objet aussi anodin qu’une montre ou un stylo-bille. Compagnon indispensable de notre vie professionnelle et privée, le G est pourtant à lui seul un condensé de technologies qui en font un mouchard au potentiel insoupçonné
Notes
[1] Global System for Mobile Communications, c’est-à-dire Standard pour un système commun de téléphonie cellulaire numérique
[2] Global Positioning System. Le système GPS est à l’origine un système de navigation par satellites imaginé par les militaires américains. Ouvert désormais aux applications civiles, ce système de localisation reste néanmoins entièrement sous le contrôle des USA.
[3] General Packet Radio Service. Le GPRS, qui repose sur la transmission de données par paquets, permet un accès plus large et plus rapide à de nombreux services multimédias depuis un mobile.





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