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« Les communications d’Amnesty sont prises pour cible »

PROPOS RECUEILLIS PAR DENIS GRÉGOIRE ET CLARA COOGAN

mercredi 10 septembre 2003

Duncan Campbell est sans doute un homme très écouté. Non seulement parce qu’il est considéré comme un des meilleurs connaisseurs du monde du renseignement électronique, mais surtout parce que ce journaliste indépendant écossais est l’homme par qui le scandale « Echelon » est arrivé.

Libertés ! Comment expliquez-vous la réaction timorée des Institutions européennes et plus généralement de la Communauté internationale après la révélation du scandale Echelon ?
Je ne crois pas qu’il faille parler de « tabou » dans le chef de la Commission, mais il est certain qu’après les événements du 11 septembre 2001, le débat sur Echelon, qui remet en question les positions américano-britanniques et élargit le ’schisme’ entre Paris-Berlin et Londres-Washington, a été automatiquement relégué tout au bas de l’agenda. J’ai cependant le sentiment qu’en cette année 2003, le problème revient en partie à la surface en raison du violent ’schisme’ créé à nouveau par les Britanniques et les Américains dans leur désir d’attaquer l’Irak. La malhonnêteté des positions britanniques et américaines semble avoir créé une situation où le problème se repose à nouveau. Soudain, après une période d’intérêt limité de la part des médias, cette sorte de sujet jouit d’un regain d’intérêt.
Jusqu’à quel degré Echelon est-il utilisé pour surveiller les groupes issus de la société civile et les associations telles qu’Amnesty ?
Plusieurs personnes qui ont travaillé au sein même du système Echelon ont bien spécifié que les communications d’Amnesty sont prises pour cible. Cela ne me surprend pas en raison de l’intérêt politique que représente l’interception des informations recueillies par votre organisation. Mais cela signifie que les communications privées de votre organisation sont probablement compromises avec ce système. Des sources canadiennes et britanniques, en particulier, ont déclaré qu’Amnesty figurait sur la ’liste de surveillance’ et dans les ’dictionnaires’ du réseau.
La Belgique est-elle impliquée à quelque niveau que ce soit dans les opérations du réseau ?
Je crois que la Belgique n’a pas de liens, de quelque nature que ce soit, avec le système. J’ai pu m’entretenir avec le Comité permanent de contrôle des services de renseignement. J’en ai conclu que le gouvernement belge ne menait pas d’activités de collecte d’informations provenant de l’interception d’ondes électromagnétiques (activités SIGINT -« signal intelligence », ndlr), autres qu’au sein des services de renseignement militaire.
Le voisin immédiat de la Belgique, les Pays-Bas, mène par contre des activités d’interception des télécommunications internationales. Ils sont bien plus ouverts à cela qu’aucun autre pays au monde. Les Néerlandais effectuent des interceptions par satellite en utilisant les méthodes d’Echelon. Ils ne peuvent bien sûr pas avoir ni les mêmes ambitions ni les mêmes visées que les Américains.

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