Insécurité, sentiment d’insécurité, les politiques interpellés par la population se devaient d’agir. Issus d’une technologie en constante évolution, les systèmes de vidéo-surveillance sont apparus d’emblée comme un appoint naturel aux forces de police. Des caméras n’étaient-elles pas déjà utilisées pour réguler la circulation automobile ? N’étaient-elles pas déjà présentes sur les façades des banques ou le long des quais des métros ? N’avaient-elles pas prouvé leur efficacité lors des manifestations liées aux sommets européens à Bruxelles ? Il n’en fallait pas plus pour étendre leur utilisation à la lutte contre la criminalité urbaine. Et de fait, de plus en plus de communes bruxelloises se dotent de réseaux de (nouvelles) caméras. Gros plan sur deux communes bruxelloises. Toutes deux utilisent des caméras de surveillance mais pas avec la même philosophie. Molenbeek, pionnière en la matière, puisqu’en 1997 déjà la commune signait un contrat avec le cablo-distributeur Coditel, afin d’installer des caméras chargées de contrôler la circulation mais aussi de prévenir des délits. Aujourd’hui, 28 caméras fonctionnent à Molenbeek. Certaines ont été placées dans des zones dites « criminogènes ». Ce nombre devrait être porté à 50 dès la fin de l’année. Pour l’instant, les quatre écrans de contrôle (bientôt huit) situés au dispatching de la police, sont scrutés de 7 à 20h mais ils le seront 24h sur 24 dans les mois à venir. Ces caméras nous ont permis de résoudre une dizaine d’affaires en 2002, notamment de trafic de stupéfiants et de vols de véhicules, explique Johan Berckmans, commissaire de la police de la zone Ouest. Ces résultats, somme toute modestes, ne peuvent gommer les conséquences non désirées de l’entrée en service des caméras. Un déplacement de la criminalité a été constaté, surtout vers les communes de Jette et de Berchem, qui à leur tour, étudient l’installation de caméras, reconnaît le responsable des forces de l’odre. Mais, ajoute le commissaire, ce système a été mis en place surtout pour lutter contre le sentiment d’insécurité car à l’époque nous n’avions pas assez de moyens pour mettre davantage de policiers dans les rues. Un effet limité sur la criminalité La zone Midi qui regroupe les communes d’Anderlecht, Forest et Saint-Gilles est également équipée de caméras, une cinquantaine environ. Et un budget est prévu pour en installer de nouvelles, surtout à Saint-Gilles et à Forest.

- Caméra de surveillance située Place Bethléem à Saint-Gilles© M.Colleyn.
La plupart se trouvent sur le territoire d’Anderlecht et bon nombre d’entre elles sont affectées à la surveillance du stade de football. Pour Nancy Ferroni, porte-parole de la zone, il n’y a pas à proprement parler de surveillance puisque personne n’est posté en permanence devant les écrans de contrôle, les images ne sont surveillées et enregistrées que lors d’opérations de police déterminées. Les caméras servent surtout à guider les patrouilles et non à prévenir les délits. Didier Notlinckx, chef de cabinet du bourgmestre d’Anderlecht confirme : Nous ne sommes pas des ’ayatollahs’ de la caméra. Ce type de système entre dans le cadre d’une lutte contre l’insécurité et le sentiment d’insécurité. Il s’est révélé très utile pour épauler la police notamment dans et autour du stade. Le collaborateur du bourgmestre anderlechtois insiste également sur l’insécurité ressentie par la population. Je reçois sans cesse des courriers d’habitants excédés par ce qui se passe dans les quartiers, si on devait suivre les demandes des citoyens, il y aurait un policier devant chaque maison. Je pense que les gens sont plus demandeurs d’une présence policière accrue que de caméras dans les rues. Pour Didier Notlinckx ces caméras n’ont qu’un effet limité sur la criminalité et une telle utilisation n’est envisageable que dans les communes de taille modeste. À Anderlecht de telles installations seraient trop coûteuses et mobiliseraient un trop grand nombre de policiers. Les responsables communaux et policiers reconnaissent donc les limites de la vidéo-surveillance urbaine, et pourtant, les caméras se multiplient dans la ville. Le sentiment d’insécurité éprouvé par la population justifierait l’apparition d’un nouvel arsenal répressif et intrusif dont l’impact réel sur la criminalité semble discutable. Compte tenu de leurs possibilités techniques (zoom impressionnant, prise de photos haute résolution et rotation jusqu’à 360 degrés), ces appareils ont de quoi inquiéter. Même si les communes signent une déclaration les liant à la Commission de la protection de la vie privée, qui dépend du ministère de la Justice, même si le policier qui visionne les images est assermenté, le simple passant n’a aucune certitude quant à l’usage qui pourrait être fait de l’éventuelle image qui a été prise de lui. Quant aux occupants des immeubles localisés juste en face d’une de ces caméras, il doivent vivre avec l’idée qu’ils sont potentiellement surveillés à toute heure. Si la vidéo-surveillance fait disparaître le sentiment d’insécurité, ce dont on peut douter, sera-ce pour laisser place à celui, désagréable, d’être observé ?





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