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Chekeba Hachemi : « L’enseignement est aussi urgent que l’aide alimentaire »

Propos recueillis par Sylvie Dewambrechies (mars 2003)

lundi 5 mai 2003

Chekeba Hachemi a quitté l’Afghanistan à l’âge de 11 ans, à l’époque où son pays subissait l’occupation de l’Union soviétique. Installée à Paris en 1985, elle y fondera l’association ’Afghanistan Libre’, qui soutient la mise en place de micro-projets dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’économie locale. Dans un pays ravagé par plus de deux décennies de guerre, où les femmes ont, avant la mise en place du gouvernement du président Hamid Karzaï, subi le terrible joug du régime des talibans, tout est à reconstruire. Pour Chekeba Hachemi, devenue entre-temps Première Secrétaire de l’ambassade d’Afghanistan auprès de l’Union européenne, les femmes ont un rôle très important à jouer dans ce processus. A condition d’en avoir les moyens…

Libertés !:Quelle est aujourd’hui, un peu plus d’un an après la chute des talibans, la situation des droits des femmes en Afghanistan ?
Chekeba Hachemi
 : « On note des améliorations constantes, mais il est vrai que nous revenons de tellement loin… A Kaboul, la capitale, les femmes reprennent le travail. Mais dans les campagnes, la situation est plus difficile. Le combat pour les droits des femmes doit en fait être mené sur deux plans. D’un point de vue politique, la Constitution afghane est en cours de finalisation et devrait reconnaître, en 2004, des droits égaux aux hommes et aux femmes. Mais cela doit aussi se traduire concrètement ’sur le terrain’ : les femmes afghanes sont analphabètes à 95%. Il est donc très important qu’elles sachent tout d’abord ce que signifie le fait d’avoir des droits. »
La question des droits des femmes s’inscrit donc dans un contexte beaucoup plus vaste…
« Selon moi, le combat pour les droits des femmes afghanes est d’abord social et économique. De plus, un grave problème se pose également avec le retour massif des réfugiés, qui rentrent des pays voisins de l’Afghanistan et doivent retrouver une place dans la société. »
Pour résister au régime des talibans, les femmes afghanes se sont organisées, ont réussi à créer des réseaux de solidarité. Elles semblent, paradoxalement, avoir gagné en autonomie. Cela leur donne-t-il, à présent, des atouts supplémentaires ?
« Sous les talibans, les femmes ont appris à vivre avec le pire. Elles ont par exemple ouvert des écoles clandestines, afin que leurs enfants possèdent un minimum de savoir. Elles ont désormais la volonté de se battre pour leur autonomie, mais encore faut-il qu’elles en aient les moyens. Cela passe par deux priorités : la santé et l’éducation. A mon avis, l’éducation se situe au même niveau d’urgence que l’aide alimentaire. Ceci dit, éduquer seulement les femmes ne suffit pas. C’est l’ensemble du peuple afghan qu’il faut éduquer… »
Quelle est, dans cette perspective, l’action de l’association ’Afghanistan libre’, dont vous êtes aussi la présidente ?
« Cette association existe en France depuis 1996, et maintenant aussi en Belgique. Elle contribue à la mise en place de micro-projets réalisée par et pour les femmes afghanes (ndlr : coopérative qui produit des articles destinés au commerce et dispense en parallèle un enseignement scolaire, clinique spécialisée pour les mères et leurs enfants, lycée pour jeunes filles, centre de formation professionnelle, atelier de couture pour veuves…). Ces différentes initiatives sont soutenues par les autorités locales et correspondent aux désirs exprimés par la population afghane. Cela permet d’assurer la pérennité de ces projets, qui sont en outre menés dans des zones rurales, afin d’éviter l’exode de leurs habitants vers les villes. Enfin, à Kaboul, l’association est également à l’origine de la création de ’Roz’ (ndlr : ’Jour’), le premier magazine féminin afghan, qui existe depuis un an. Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, il est lu par autant d’hommes que de femmes ».

Renseignements : www.afghanistan-libre.org

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