Grâce à la hausse du prix du pétrole ces dernières années, le contexte macro-économique de l’Algérie se stabilise. L’élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999 et le retour au pouvoir du Front de libération national (FLN), en mai 2002, ont rassuré les marchés. Le taux de croissance du Produit intérieur brut a atteint 4 % en 2002. Cependant, c’est encore trop peu, les experts estiment en effet qu’il faudrait atteindre la barre des 8 % pour résoudre les problèmes sociaux. C’est là que le bât blesse.
Car, se voir imposer un plan d’ ajustement structurel et son cortège de mesures d’assainissement économique nécessaires, ça fait mal. Mal au social. Même si c’est, dit-on, la voie royale vers l’ouverture des marchés. Et, pour ce faire, dès 1995, a été mise en place la loi sur les privatisations. Loi qui n’a rien donné de satisfaisant dans un premier temps mais qui est toujours à l’ordre du jour.
Actuellement, le débat fait rage autour d’ un avant-projet de loi sur les hydrocarbures prévoyant l’ouverture du secteur de l’énergie à la concurrence. Ce qui signifie, à terme, la privatisation de la Sonatrach, compagnie pétrolière nationale. Dans le projet de Chekib Khebil, ministre de l’Énergie et président de la Sonatrach, la part du produit de tout gisement découvert par un partenaire étranger et réservée à la compagnie pétrolière, passe de 51 % à 30 % [1]. Le but poursuivi par le ministre, est de rendre l’Algérie encore plus attractive pour les firmes pétrolières étrangères afin, entre autres, d’intensifier l’immense potentialité de son domaine minier (explorer les réserves non-connues). Certains Algériens n’hésitent plus à penser que le gouvernement veut proposer le Sahara en appel d’offres aux compagnies étrangères. De plus, même les experts nationaux craignent que la Sonatrach ne puisse jamais soutenir le rythme que lui imposera la concurrence étrangère. Voilà ce qui fâche l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et le puissant syndicat des pétroliers. Surtout quand on sait que l’Algérie tire plus de 96 % de ses recettes du domaine des hydrocarbures.
Pétrole et jeux politiques
Tout d’abord, porté par la voix du président de l’Assemblée nationale, Karim Younès, le FLN se positionne contre la privatisation de la Sonatrach. De même le Front des forces socialistes (FFS) se fait une joie de rappeler que l’actuel ministre de l’énergie était auparavant en charge du dossier Argentine du temps de son passage à la Banque mondiale. Derrière la plupart des opposants à ce projet de loi, on retrouve bien souvent les adversaires de Bouteflika. Ce dernier briguant un second mandat à la présidence du pays. Ensuite, les enjeux politiques ne se bornent pas aux frontières internes de l’Algérie. Que du contraire ! L’ouverture du marché pétrolier algérien à la concurrence fait partie du contrat d’association signé avec l’Union européenne ainsi que de la future adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les États-Unis ainsi que la France, surtout par le biais de la compagnie Total-Elf-Fina, sont fortement intéressés par l’adoption de cette nouvelle loi.
Mais fallait-il vraiment ce nouveau projet de loi pour attirer les investisseurs étrangers ? Car même au plus fort de la violence dans le Nord du pays, le Sud du Sahara a continué à attirer les capitaux étrangers par ses richesses en hydrocarbure. Cette zone étant moins peuplée, les activités d’exploration et d’exploitation sont restées en dehors du conflit. Il faut savoir que l’Algérie fournit 75 % des besoins en gaz naturel de l’Espagne, 100 % du Portugal et 54 % de l’Italie. Mais la manne pétrolière ne bénéficie pas à tout le monde et surtout pas au peuple algérien qui a dû, de plus, subir ces dernières années une montée impressionnante du chômage. Les autorités ne semblent pas vouloir répondre au mécontentement de la population. Au contraire, il semblerait que ce climat de violence ait profité à l’élite militaire.
Fin des années 1990, Alger a préféré protéger les zones d’hydrocarbures, au détriment de régions considérées comme non rentables. Ce choix aurait été appuyé par l’armée, estimant que dans ces régions abandonnées, les crimes commis par les groupes armés exacerberaient la population qui, ainsi, se détournerait des islamistes pour se rallier au pouvoir.
Mais cette stratégie a échoué et l’armée a dû reconnaître son incapacité à contrôler le territoire entier. Un pipeline italien, à la frontière tunisienne, n’a pas échappé au sabotage. Dès lors, les compagnies internationales ont fait appel à des troupes étrangères pour se protéger. Les Français ont, par exemple, eu recours à des ex-mercenaires sud-africains. On voit là qu’il y a une contradiction entre les intérêts du pouvoir algérien et ceux des compagnies étrangères qui préfèrent une situation politique plus stable. Car il y a peu de volontaires expatriés pour aller travailler sur les champs pétrolifères.
Entre maintenir de bonnes relations avec le pouvoir en place et promouvoir plus de démocratie dans la région, le cœur des Européens et des Américains balance !
Sources :
Vivant Univers, n°488, Nov-déc 1998
Le Monde, 29/10/2002, 17/12/2002
L’Humanité, 10/10/2002
L’Intelligent, n°2186- du 2-8 Décembre 2002
Le Nouvel Afrique-Asie, N°159-Décembre 2002





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