Le nombre de « disparus » en Algérie depuis la décennie 1990 avoisinerait les 7000. Pour chacun d’eux, un proche (une mère, un frère, un père) pleure leur disparition. Le plus souvent, ce sont les mères qui font des pieds et des mains pour retrouver ne serait-ce qu’une trace de leur être aimé, qui déposent une plainte auprès des autorités, se regroupent en association de « disparus », se tournent vers les associations de défenses des droits humains. Mais jusqu’à maintenant, très peu d’entre elles ont pu avoir des informations fiables, encore moins officielles, sur le ou les « disparus ». Leur deuil n’a toujours pas pu commencer. Certaines d’entre elles perdent espoir, se résignent…
Pourtant, depuis l’arrivée d’ Abdelaziz Bouteflika à la présidence de l’Algérie, des progrès, même minimes, ont été enregistrés. Il n’est plus tabou de parler des « disparus », on ne passe plus pour un complice des terroristes quand on évoque ce sujet. Un réel espoir était né de la nomination par le Président de la République de Farouk Ksentini à la tête de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH) chargée de régler le dossier des « disparus » avant fin 2002. Le résultat est très décevant : à l’heure d’aujourd’hui, sur 7046 dépôts de plaintes pour disparitions forcées, il semblerait, selon la gendarmerie, que pour 4740 d’entre elles les recherches n’ont pas abouti. Pour les autres, la responsabilité des forces de sécurité n’est jamais évoquée.
L’État a finalement proposé aux familles de « disparus » des indemnisations financières, balayant d’un revers de la main leurs deux revendications de fond, la « vérité et la justice ». Aux familles qui s’entêtent, qui manifestent pacifiquement leur ras-le-bol, l’État répond par la violence. Dans un récent communiqué, Amnesty demandait aux autorités algériennes d’arrêter immédiatement le harcèlement, les agressions et les dispersions musclées dont sont victimes les mères de « disparus ».
Le 23 juin 2002, une manifestation de familles de « disparus » a été violemment dispersée par la police quand les contestataires se sont rassemblés devant des bâtiments officiels pour appeler le nouveau gouvernement algérien à enquêter sur les milliers de cas de « disparitions » portés à l’attention des autorités.
Sources :
« En Algérie, aucun survivant parmi les disparus de la ’sale guerre’ », Le Monde, 08/01/03.
« Algérie : Les agressions de proches de personnes « disparues » doivent cesser », réf.doc. : MDE 28/041/2002.





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