
- Un tee-shirt à la taille d’un bébé est déposé à Largo dans le voisinage de Drodro, le 10 avril 2003, au-dessus d’une tombe collective contenant les restes de 30 personnes tuées lors d’une attaque menée par des membres d’une milice Lendu, le 3 avril 2003. AFP Photo/Marco Longari
Un sol fertile, des forêts de bois précieux, des collines verdoyantes traversées de rivières aurifères, des minerais à profusion font de l ?Ituri une des provinces potentiellement les plus riches du Congo. Des prospecteurs pétroliers viendraient même d’y découvrir des gisements de pétrole.
Rien d’étonnant donc si cette région, qualifiée de « Suisse congolaise » sous la domination belge, est si intensément convoitée par ses puissants voisins que sont l’Ouganda et le Rwanda.
Occupant l’Ituri depuis plusieurs années, les armées de Museveni et Kagamé auraient dû quitter la région comme le prévoient les accords successifs de paix censés mettre un terme aux presque cinq années de guerre en République démocratique du Congo.
Si l’armée rwandaise a récemment rapatrié ses troupes, les militaires ougandais étaient toujours présents en Ituri à la mi-avril, alors que la date du 24 avril a été fixée comme date butoir au retrait complet des forces ougandaises. Présents ou non sur le territoire congolais, les deux anciens alliés de la « guerre de libération » contre Mobutu, restent, quoi qu’il en soit, les maîtres du jeu. Instrumentalisant les tensions ethniques et renversant au gré de leurs intérêts leurs alliances avec les multiples groupes rebelles actifs dans la région, Kigali et Kampala tentent de préserver la mainmise sur les richesses de l’Ituri.
Le conflit pour le contrôle de la terre entre les ethnies Hema et Lendu ne date pas d’hier. Mais, alors que les irruptions de violence provoquaient par le passé quelques victimes mortellement blessées par les coups de machettes ou les pointes des flèches, les morts se comptent par centaines depuis que les Ougandais et les Rwandais ont inondé la région d’armes de guerre.
L’attentisme de la communauté internationale
Dans un récent rapport, Amnesty International estime que, depuis 1999, environ 50.000 personnes sont mortes et plus de 500 000 ont été déplacées à la suite du conflit en Ituri [1].
Malgré ces chiffres dramatiques, et en dépit des appels alarmistes des organisations de défense des droits humains [2], la communauté internationale ne semble pas avoir pris la mesure de la situation. Pour l’instant, le nombre d ?observateurs militaires déployés par l’ONU dans la région ne dépasse pas les dix unités ! Comment, dans ces conditions, la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) peut-elle, comme le prévoit son mandat, protéger les civils se trouvant sous la menace imminente de violences physiques ?
Le sommet d’Arusha entre les présidents Joseph Kabila et Yoweri Museveni, en février dernier, a débouché sur la création d’une Commission de pacification de l’Ituri, qui bénéficie du soutien des Nations Unies. Après le massacre, le 3 avril, de dizaines de membres de l’ethnie Hema dans et autour de la ville de Drodro, à 80 km de la frontière ougandaise [3], cette Commission a été chargée d’établir une administration temporaire afin de rétablir l’ordre dans la région.
Une gageure, tant la situation est caractérisée par les changements d’alliance entre belligérants. Ainsi, l’Union des Patriotes Congolais (UPC), un des principaux groupes armés rebelles à Kinshasa, a récemment coupé les ponts avec l’armée ougandaise pour nouer une nouvelle alliance avec le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), militairement soutenu par le Rwanda.
Face à ces revirements incessants, aux multiples accords de paix jamais totalement respectés, et compte tenu du recul depuis plusieurs années de l’Afrique centrale dans l’agenda des priorités des puissances occidentales, il y a peu de chances que l’engrenage de la violence soit enrayé, en Ituri comme dans l’ensemble du Congo. Un attentisme qui n’est pas sans rappeler celui affiché au début des années 1990 vis-à-vis du Rwanda.




