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Turquie : la violence sexuelle couverte par une culture de l’impunité

jeudi 3 avril 2003

Le dernier rapport d’Amnesty sur la Turquie épingle les violences faites aux femmes dans le cercle familial mais surtout en détention. Il dénonce le climat d’impunité qui est à la racine des ces violences.

Suspectée d’appartenir à une organisation illégale, H. T. a été arrêtée et maintenue en détention, du 8 au 11 mars 2002, au quartier général de la section anti-terroriste de la police d’Istanbul. Cette jeune femme turque de 23 ans y a subi divers actes de torture : jet d’eau à haute pression contre son vagin, crachats, elle a été déshabillée et obligée de s’asseoir dans ses excréments.
Le cas d’ H. T. est loin d’être une exception en Turquie. Chaque jour, des femmes y font l’objet de violences physiques, sexuelles et psychologiques, perpétrées par leur partenaire ou des proches, mais aussi par les forces de l’ordre. Nombre de femmes interpellées par la police subissent des agressions sexuelles, voire des viols, et sont interrogées nues, les yeux bandés.
Voilà, en substance, les conclusions d’un récent rapport d’Amnesty International [1] sur les violences sexuelles contre les femmes en Turquie. Si le document dresse une liste tragique des sévices pratiqués contre les femmes par les agents de l’État, il pointe également du doigt la responsabilité des autorités quant à leur incapacité de protéger les femmes et de garantir une réparation juste aux victimes.

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La police « escortant » Eren Keskin (au centre), avocate et militante des droits des femmes. Istanbul 2002 © Private.


Si aucune femme n’est totalement à l’abri, les Kurdes (surtout dans le Sud-Est du pays) et celles dont les opinions politiques dérangent le gouvernement et les militaires, encourent davantage de risques d’être prises pour cibles.
La Turquie a beau être un précurseur en matière de droits des femmes - les citoyennes y ont obtenu le droit de vote dès 1930 -, force est de constater qu’aujourd’hui, elle ne remplit que de manière insatisfaisante ses obligations internationales en matière de respect, de protection et de promotion des droits des femmes.

La violence dont les femmes font l’objet trouve ses racines dans leur discrimination sociale, politique et économique par l’État. Une attitude qui amenuise la portée des brutalités et renforce la discrimination. Ce soutien tacite des autorités à la violence sexuelle contre les femmes a pour effet d’encourager les individus à maintenir une culture de la violence à l’égard de ces dernières.
Seule la loi du silence semble régner aujourd’hui. Se trouvant dans un état de détresse psychologique, les victimes sont réticentes à dénoncer leurs bourreaux par crainte de bafouer l’honneur de la famille et par peur de représailles, d’ostracisme, de mariage forcé, voire de mort. Beaucoup aussi jugent inutile de poursuivre leurs agresseurs parce qu’elles ont le sentiment, vérifié dans la majorité des cas, qu’ils resteront impunis, surtout quand des agents de l’État sont impliqués. Conséquence : une impunité de fait des coupables. Ainsi réduites au silence par l’État et la société, les victimes éprouvent d’énormes difficultés à obtenir réparation en justice.

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