Libertés ! : Quelle aide concrète le centre « Syostri » apporte-t-il aux femmes victimes de violence conjugale ?

- Maria Mokhova, cheville ouvrière de l’ONG Syostri.
Maria Mokhova : Nous avons une ligne de téléphone ouverte 24 heures sur 24, nous organisons des consultations individuelles avec des juristes, des psychologues et des travailleurs sociaux, nous soutenons les victimes dans leur combat devant la justice, nous luttons pour une réforme de la législation concernant la traite des êtres humains. Nous tentons également de faire comprendre aux autorités et à la population qu’il ne s’agit pas de cas isolés, mais bien d’un véritable phénomène de société.
La situation de la femme en Russie s’est-elle détériorée avec le phénomène de transition du communisme vers le capitalisme ?
Les changements rapides connus par la Russie au cours des dix dernières années ont provoqué une déstabilisation de la sphère sociale. La violence au sein des foyers et des couples existait bien évidemment sous la période communiste, mais il existait plus de moyens de protéger les femmes d’un point de vue social et plus de mécanismes auxquels recourir pour condamner les hommes violents. Les stéréotypes vis-à-vis des femmes étaient néanmoins solidement ancrés. Une femme se devait d’avoir plus d’un enfant, une femme non mariée était considérée comme une mauvaise femme et les mères célibataires étaient condamnées par l’ensemble de la société. L’encyclopédie de l’époque soviétique définissait la violence comme une arme du prolétariat, un outil pour lutter contre un groupe considéré comme une menace pour la révolution. D’un point de vue culturel, la violence dirigée contre un individu était beaucoup moins tolérée. Le défi pour la Russie actuelle est de reconstruire la sphère sociale, une condition indispensable si l’on veut assurer la sécurité de tous les citoyens.
Ce processus de reconstruction ne doit-il pas également passer par une plus grande présence des femmes au niveau des institutions, du monde politique, de la justice… ?
Il faut bien sûr que les femmes soient représentées au Parlement, mais le pas décisif sera franchi quand le problème de la violence au sein des familles sera véritablement considéré par la population, en particulier les femmes, les représentants politiques et institutionnels comme un problème de société, ce qui est loin d’être le cas. Évidemment, une plus grande présence féminine à la Douma permettrait sans aucun doute la mise sur pied de politiques plus volontaristes dans le domaine social. Pour l’instant, sur 367 membres, la Douma ne compte que sept femmes. Un projet de loi, déposé par une de ces députées, portant sur l’égalité des chances, est en cours d’examen.





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