AI : Quel est, selon vous, le rôle des caricaturistes algériens ? Doivent-ils seulement chercher à faire rire ou ont-ils aussi pour mission de défendre certaines valeurs ?
Hic : « Pour moi, le plus important, c’est de faire passer un message. Et si je fais rire en même temps, c’est le bonheur. L’idée est aussi de dédramatiser certaines situations qui ne sont pas faciles à vivre en Algérie. Et j’essaye surtout de rendre hommage aux gens, au courage de la population ».

- Dessin du caricaturiste algérien Le Hic paru dans « Le Matin », et reproduit dans le « Courrier International » N°556.
Chawki Amari : « Les caricaturistes doivent non seulement faire rire, mais aussi essayer de pousser la « ligne rouge » le plus loin possible. En Algérie, on a tendance à sacraliser l’écrit. Par conséquent, on est plus indulgent envers les dessinateurs. Ceux-ci peuvent faire plus de choses que les journalistes pour démystifier le pouvoir. De ce fait, leur travail ne se limite pas à simplement faire rire ».
Quelle est aujourd’hui la situation des dessinateurs de presse en Algérie ?
Hic : « À mon avis, l’amendement Dilem constitue surtout une forme d’intimidation de la part du pouvoir, afin de soi-disant atténuer la virulence des dessins de presse. Désormais, on risque des peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement. Quant aux amendes, elles peuvent atteindre l’équivalent de plusieurs années de salaire. C’est un peu surréaliste ! ».
Chawki Amari : « En 1997, j’ai passé un mois en prison à cause d’une de mes caricatures. À l’époque, cela avait vraiment choqué les gens qu’un dessinateur soit mis derrière les barreaux. Je pense qu’à présent, les caricaturistes n’iront malgré tout plus en prison pour un de leurs dessins. Actuellement, la technique du pouvoir consiste beaucoup plus en des tracasseries : des amendes, des convocations par la justice, toutes sortes de pressions… ».
Qui vos caricatures dérangent-elles le plus ? Le pouvoir ou les islamistes ?
Hic : « Ces derniers temps, j’ai l’impression que les caricatures de presse dérangent surtout les autorités. J’ai deux procès avec le ministère de la Défense et des collègues en ont aussi. Les caricatures de presse irritent tout ce qui fait partie des institutions nationales. Elles dérangent également les islamistes, mais ceux-ci se manifestent d’une façon plus sournoise ». Chawki Amari : « Les islamistes n’attaquent pas en justice, ils tuent. Ils exercent des pressions par le biais d’un voisin ou en passant un coup de téléphone. Mais il arrive aussi qu’ils assassinent sans prévenir : en 1995, un dessinateur de presse a été tué par les islamistes. Il a été retrouvé avec ses dessins dans sa bouche : c’était clair ».

- Dessin du syrien Ali Farzat. Exposé aux Rencontres Internationales du Dessin de Presse, janvier 2001.





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