« Bruno et Valentina sont les petits-enfants de mon fils Luis. Nous étions en train de regarder le ciel depuis la terrasse de la mansarde où je vis, une terrasse à peine ébauchée mais déjà parfumée au jasmin. Cet instant bleu foncé de la nuit avec ce ciel tout étoilé, c’était vraiment le lieu et le moment propice pour que mes arrière petits-enfants me posent ces questions qui me remplissent de tendresse et pour que leur arrière-grand-mère retrouve les mots des contes entendus dans son enfance, là-bas à Entre Rios, ou encore en invente d’autres, des histoires d’arrière-grand-mère ? Profiter de ce moment est une chose merveilleuse. Seuls ceux qui sont passés par là me comprennent.
Quand nous sommes assis sur la terrasse, nous regardons tout le temps le ciel dans l’espoir d’apercevoir une étoile filante et de formuler trois souhaits. Bruno m’en montre une, en train de glisser, toute solitaire dans le firmament. Et il demande :
Quelqu’un dirige cette étoile ? Elle a un volant l’étoile comme l’auto de grand-père ?
Je n’avais pas pensé qu’il allait me poser cette question. Je me mis sur orbite et lui répondis que oui, que celui qui tenait le volant avait échangé les avions pour les étoiles.
Tu le connaissais ?
Mais bien sûr, sinon, pourquoi crois-tu qu’il allait venir se montrer juste au-dessus de notre terrasse ?
Comment s’appelle-t-il ?
Jose Luis d’Andrea Mohr, capitaine de l’espace sidéral, par décision supérieure
Et tu sais qui est le Supérieur ?
Non. On dit le Maître. Il y a aussi des gens qui l’appellent le Juste. Parce que tu sais bien Bruno que les Maîtres sont ceux qui savent le plus de choses.
Ah. Et elles ont des passagers les étoiles ?
Quelquefois (Ma tête fonctionnait à cent années lumière par minute, et je me disais à moi-même : Tranquille Laura. Tu peux)
Combien ?
Les compter c’est difficile, mais disons trente mille.
Et le capitaine, comment tu as dit qu’il s’appelait bonne-maman Laura ?
Jose Luis.
Il conduit seul ?
Quelquefois oui, quelquefois non. Tu te souviens que je t’ai dit que parfois il avait trente mille passagers. Bon, alors ils tirent au sort entre eux et celui qui a gagné a gagné ! Parce qu’ils aiment beaucoup le capitaine et tous ont envie de conduire l’étoile avec lui.
J’étais en train de penser. Je sais que je ne dis pas la vérité à mon petit Bruno mais c’est que moi non plus je ne suis sûr de rien et ça me tranquillise d’inventer des lieux, parce que les génocidaires nous ont caché les corps de nos filles et de nos fils. Et c’est une chose infâme. »




