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Mgr Ramazzini : « pas de paix sans justice »

lundi 3 mars 2003

Mgr Alvaro Leonel Ramazzini, évêque de San Marcos, au Guatemala, se bat depuis des années pour plus de justice et moins de pauvreté dans son pays. Il a récemment reçu des menaces de mort du fait de sa participation à un litige entre des paysans et des propriétaires terriens à San Marcos [1]. À l’invitation d’Amnesty Suisse, Mgr Ramazzini est venu en Europe où il a donné cette interview [2] en septembre 2002.

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Manifestation devant le palais de justice de Guatemala city alors que trois militaires accusés du meurtre de Monseigneur Juan José Gerardi y comparaissent. © AI

36 ans de guerre civile, 200 000 morts et disparus, qu’est-ce qui a changé au Guatemala ?

Mgr Ramazzini : Rien, malheureusement. Aujourd’hui, le Guatemala retrouve ses démons des années de la répression politique. Le pays est en train de se remilitariser, cela sous la poussée de Rios Montt, sans doute avec les conseils de Washington. L’armée a toujours besoin de plus d’argent. Le fils de Rios Montt, par exemple, a été nommé général, en vertu d’un décret appliqué sur mesure pour la circonstance. (…)

Comment expliquer que le peuple ne se révolte pas ? Ou pas davantage ?

La répression a été une période à ce point brutale et sanglante, que les traces sont encore et toujours visibles et présentes dans le pays. Le peuple ne s’est pas débarrassé de sa peur. Il vit avec, elle fait partie de son quotidien.

Dans mon diocèse, dès l’instant où il est demandé aux victimes de s’exprimer dans les cas de violations des droits de l’homme, elles refusent : « Nous ne voulons pas subir ce que nos « compañeros » ont subi ou subissent encore », disent-elles. Le traumatisme est grand. Et la terreur est aujourd’hui bien réelle avec les patrouilles de paramilitaires - les anciens groupes d’autodéfense « reconvertis » - qui se chargent de réprimer et de faire régner l’ordre, d’accomplir les besognes que l’armée ne peut faire au grand jour.

Vous êtes aujourd’hui un homme menacé de mort, au point que ces menaces inquiètent Amnesty International ?

Menacé, effectivement, comme beaucoup de prêtres, dont certains ont payé de leur vie leur engagement aux côtés des marginalisés. Parce que, pour une certaine société, lutter pour plus de justice sociale, pour les droits de l’homme, pour les droits en général des citoyens passe pour du communisme. Et comme le pourvoir estime que le communisme doit être détruit…

Les engagements sociaux se payent, souvent par la mort. On l’a vu avec Mgr Juan José Gerardi, évêque auxiliaire de Guatemala Ciudad, sauvagement assassiné le 26 avril 1998. Le procès en appel de ses assassins s’est du reste ouvert jeudi 26 septembre. Un colonel et un capitaine, notamment, sont sur le banc des accusés.

Les commanditaires, dans la sphère de l’armée, donc du pouvoir, sont, eux, en liberté. Mgr Gerardi avait eu le tort de sortir un document accusant les militaires d’être les auteurs de la plupart des massacres qui ont fait 200’000 victimes en 36 ans. (…)

Au Guatemala comme en Amérique latine, la paix, hormis celle des cimetières, est-elle possible sans la justice ?

Non, définitivement non. Au Guatemala comme dans le reste de l’Amérique latine, il ne peut y avoir de paix sans la justice, sans développement, cela aussi longtemps que régnera l’impunité ou que les peuples seront privés de leur mémoire. L’histoire de ces pays ne commence pas avec la colonisation.

Les peuples indigènes, les « Indios » du continent ont une richesse culturelle et de langues qui étaient autant de réalités bien avant la « conquista » par les conquérants espagnols, il y a 500 ans. La paix passe aussi par la reconnaissance de ces peuples, de leur culture, de leur droit à la différence. En ce sens, la société guatémaltèque est profondément raciste, en dépit du fait qu’elle soit composée à 60 % d’indigènes. Même l’Église catholique, avant ces 50 dernières années, emboîtait le pas à l’oligarchie, dans sa manière de marginaliser, d’humilier et d’opprimer les peuples indigènes.

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Notes

[1] Voir l’action urgente lancée en sa faveur par Amnesty : AMR 34/015/02

[2] Extraits d’une interview parue dans le magazine « L’Entreprise et l’Homme » avec l’aimable autorisation de Cathobel Infos

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