Utilisant des procédures recommandées par les Accords de Paix de 1996, l’Asociación para la Justicia y la Reconciliación (AJR), un regroupement de survivants des massacres d’une vingtaine de communautés mayas et leurs familles, a déposé plainte contre les dictateurs guatémaltèques pour génocide, crimes de guerre et contre l’humanité commis entre 1981 et 1983. Le Ministère Public a nommé le juge Mario Leal Procureur spécial pour ouvrir une instruction. Le magistrat a immédiatement invité les accusés à faire leur déposition.
Il s’agit du général Lucas García (plainte déposée en mai 2000), des trois responsables du coup d’Etat du 23 mars 1982 contre lui, les généraux Ríos Montt, Maldonado Schaad et Gordillo Martínez, ainsi que du commandant en chef des armées et du ministre de la Défense nommés par la Junte après ce coup, les généraux Mejía Victores et López Fuentes (plainte déposée en juin 2001). Malgré le témoignage de plus de cent survivants et les preuves de la politique de terre brûlée de la Junte rassemblées par l’AJR, tous nient leur participation aux faits.
Un autre progrès important est le communiqué du Procureur pour les droits humains, Sergio Morales Alvarado. Se basant sur la Recommandation n° 41 de la Commission de Clarification Historique, il recommande au Président de la République la création d’une Commission d’enquête sur les groupes clandestins de sécurité, un euphémisme pour désigner les escadrons de la mort.
Il s’agit d’un effort important de la société civile pour se réconcilier avec la justice. Mais la situation interne du Guatemala fait craindre de terribles représailles contre ces gens courageux car ils s’attaquent aux plus hauts niveaux de l’impunité.
C’est ainsi que le 19 décembre 2002, Noé Gomez Limón, un des témoins à charge contre les militaires accusés du meurtre de l’archevêque Gerardi, a été assassiné, et le 23 janvier dernier, la juge Tatiana Morales qui enquêtait sur une exécution sommaire dans le département d’Izabal, a été victime d’une tentative d’assassinat.
Une plainte avait déjà été déposée devant la justice espagnole, en 1999, contre Rios Montt par la fondation Rigoberta Menchu.
Une procédure a également été lancée en Belgique, sur base de la désormais célèbre « loi de compétence universelle » pour les meurtres au début des années ’80 de deux prêtres scheutistes belges, Serge Berten et Walter Voordeckers, tous deux proches du mouvement de la « théologie de la libération ».




