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Miguel Angel Asturias

lundi 3 mars 2003, par Suzanne Welles

« Le Guatemala est un pays surréaliste. Tout - hommes, paysages et choses - y flotte dans un climat surréaliste de folies et d’images juxtaposées. C’est pourquoi mes livres ressemblent aux peintures murales de Mexico où tout est mêlé : paysans, lièvres, archevêques, aventuriers, femmes de mauvaise vie, ainsi que notre nature, vastes plaines et forêts immenses, où nous ne sommes que de pauvres petits êtres ».(Miguel Angel Asturias)

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Miguel Angel Asturias © G.Freund

Ainsi parlait de son pays cet écrivain qui fut, pendant plus de cinquante années, un témoin d’exception des événements tragiques qui ont tissé l’histoire de l’Amérique Centrale. Né en 1899, à Ciudad Guatemala, de père espagnol et de mère indienne, il est donc métis. Et toute son enfance, passée à la campagne, (la famille fuyant le climat politique de la capitale) va être bercée par les contes magnifiques issus de la culture maya. Étudiant à l’université nationale, il s’engage très vite dans le combat politique et sera même, en 1921, délégué de son pays au Premier Congrès international des Étudiants à Mexico. Il obtient, deux ans plus tard, le titre d’avocat avec une thèse sur « Le Problème social de l’ Indien », un sujet qui lui tiendra toujours à cœur. Il part ensuite à Paris et suit des cours à la Sorbonne. Là, il participe à une traduction en français du « Popol Vuh », un texte capital de la religion maya.

Lorsqu’il rentre au pays en 1933, il a déjà l’ébauche de ce qui sera son plus grand roman politique, « Monsieur le Président », largement inspiré de la dictature de Estrada Cabrera qui gouverna le Guatemala de 1898 à 1920, d’une poigne de fer. Ce livre superbe et singulier est la peinture d’une terrible tyrannie. La répression érigée en système exclusif de gouvernement, la délation élevée au rang de vertu civique, la déchéance morale d’un peuple réduit par la terreur. Asturias va travailler son sujet pendant dix ans, puis garder son manuscrit encore bien caché pendant quatorze ans, c’est à dire la durée d’une autre dictature, celle de Jorge Ubico, l’allié inconditionnel des États Unis et le protecteur des intérêts de la « United Fruit » au Guatemala. Celui-ci aussi aurait pu se reconnaître dans le personnage central de ce roman... Il faudra attendre 1946, et le retour à un régime plus démocratique pour permettre au livre de paraître.

Dans tous ses romans et poèmes parus ultérieurement, il ne va cesser de condamner l’impérialisme. Il revendique une dignité pour les Indiens, pour les peuples condamnés au mutisme dans « Hommes de maïs » (1949) et « Une certaine mulâtresse »(1963). Il fustige la mainmise des Yankees sur les richesses de son pays dans sa trilogie bananière : L’« Ouragan »1949) « Le Pape vert » (1954) et « Les Yeux des Enterrés » (1956).

Parallèlement à sa carrière d’écrivain, il mène une carrière politique bien remplie. En 1942, il est député fédéral, puis successivement attaché culturel au Mexique, en Argentine, en France et au Salvador. En 1954, le coup d’état du colonel Castillo Armas, avec l’aide des marines américains, l’oblige à l’exil vers l’Argentine. Il contera cet épisode dans « Week-end au Guatemala »(1956). En 1962, ses prises de position l’obligent à se retirer et à s’installer à Paris. En 1966, il reçoit le Prix Lénine de la Paix et quelque temps après, le régime ayant changé dans son pays, il est nommé ambassadeur en France. En octobre 1967, c’est la consécration mondiale, il reçoit le Prix Nobel de Littérature.

Pour protester contre la dégradation politique et sociale dans son pays, Asturias se démet en 1970 de ses fonctions d’ambassadeur. « Vendredi des douleurs » paraît en 1972. C’est la relation des manifestations estudiantines organisées sous le régime du général Orellana (1922). Et voici à nouveau le monde cauchemardesque de « Monsieur le Président ». Ce sera son dernier livre. Il meurt en 1974, à Madrid, en exil, loin de ce pays qu’il aime tant.

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