La puanteur horrible est la première chose qui m’a frappée. Tandis que je commençais à m’adapter - à la fois aux odeurs et à l’obscurité - respirant posément, tentant de conserver mon sang-froid et me préparant à ce qui m’attendait, j’ai discerné des groupes de femmes blotties les unes contre les autres dans un endroit crasseux, et formant une chaîne. Les femmes d’un de ces groupes se tenaient devant un abreuvoir, se frottant frénétiquement les mains sous l’eau qui coulait des robinets. Elles ne disposaient pas de savon pour se laver. Des flaques d’eau déjà formées sur le sol en ciment se transformaient en mare. Une femme trempait une tranche de pain dans l’eau, la ramollissant, la mangeant au-dessus d’un robinet. Puis les femmes se sont rendues dans une pièce adjacente - exiguë, humide et froide, sentant le moisi et déjà remplie d’eau sur une hauteur de sept à huit centimètres. Les femmes ont attendu un bref moment, entassées dans ce lieu étroit plongé dans l’obscurité, jusqu’à ce qu’on les emmène.
Prochain arrêt : le réfectoire. Ici, les patientes saisissaient un bol de soupe froide et une assiette contenant une saucisse et de la purée de pommes de terre à un guichet donnant sur une cuisine. Des femmes étaient assises, se tenaient debout ou déambulaient, des assiettes de nourriture à la main. Nombre d’entre elles mangeaient directement dans les plats. Certaines utilisaient maladroitement des couverts dont le foyer avait fait récemment l’acquisition. D’autres mangeaient tout bonnement avec leurs doigts.(…)
En l’espace d’une demie-heure, la plupart des 107 patientes de Razdol avaient mangé. J’avais assisté à la conclusion de la deuxième activité organisée à l’intention des patientes durant la journée. La prochaine, c’était le dîner. J’étais horrifiée et me sentais désemparée. Tandis que j’observais la situation - une scène que j’avais vue photographiée tant de fois et décrite si souvent dans des rapports dans le cadre de mon travail pour Amnesty International - et tandis que j’écoutais les hurlements, que je regardais des femmes désœuvrées se balancer devant leur assiette, mangeant de la soupe avec les mains, ou assises isolées dans un coin, sursautant avec une frayeur manifeste chaque fois que quelqu’un approchait, je commençais à saisir l’horreur que représentait la vie dans un tel établissement.
Malheureusement, la réalité à laquelle j’ai été confrontée au foyer de Razdol n’était qu’un aperçu des traitements inhumains et dégradants réservés aux patients, prenant des formes aussi nombreuses que variées, dont j’allais être témoin pendant tout le reste de mes visites.
(Extrait tiré du texte de Theresa Freese-Treeck Une vie pire que l’emprisonnement)
Pour Agir et en faire plus
Procurez-vous le rapport Bulgarie « À la rencontre des personnes souffrant d’un handicap mental » (Index AI : EUR 15/015/02) sur le site de tous les documents d’Amnesty en Français ou par e-mail à bmay aibf.be





2 Messages de forum