Libertés !:Y a-t-il un profil type des exploiteurs et des exploités ?
CCEM : Non. Il y a des cas très différents. En France, la majorité des « esclaves » viennent d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb et de Madagascar. Des cas venant d’Asie du Sud-Est commencent à être signalés. Il s’agit à plus de 98 % de femmes et de petites filles qui arrivent ici mineures et restent chez leur employeur jusqu’à leur 18 ans. Ensuite, le plus souvent, elles sont renvoyées parce qu’elles sont moins dociles et, étant clandestines, représentent un danger pour leur employeur. Aussi, parce que leur patronne n’aime pas voir les hommes de la maison tourner autour d’elles.
Qui sont ces employeurs ? Des diplomates ?
Non. En France, moins de 20 % sont des diplomates. Ce sont surtout des Français mariés avec une personne originaire du pays où l’esclave sera recruté, ou encore des Français expatriés qui ont travaillé dans ces pays et en ont ramené une « petite bonne » en rentrant en France.
Comment se la sont-ils procurée ?
Via un office de placement où un contrat est établi en bonne et due forme, ou bien c’est la famille qui les leur a confiées. La tradition de donner un enfant en semi-adoption est très répandue dans les pays musulmans. Cela s’appelle Kafala. L’enfant donné (ou vendu) vient généralement de la campagne. Il est pris en charge par un Kafil qui habite la ville. C’est une façon de donner à l’enfant une chance de sortir de la misère, et ça peut très bien marcher. Mais ça peut aussi déboucher sur un trafic d’esclaves.
Lors de vos interventions, quels sont les principaux obstacles que vous rencontrez ?
Les victimes ne veulent pas toujours porter plainte car elles ont peur. Si elles le font, après avoir hésité, il peut y avoir prescription [2] ; si néanmoins la plainte est reçue, le Code pénal français ne prévoit rien concernant ce genre de délit. Le mot esclavage n’y figure même pas. Et puis, il faut obtenir un permis de séjour pour les plaignantes, les aider à se reconstruire, financièrement, psychologiquement. La plupart ont tout à apprendre. Il faut donc des familles d’accueil, des alphabétiseurs, des psychologues, des médecins, des juristes…
Tout cela est particulièrement vrai en Belgique où le Comité ne fait que démarrer et ne repose actuellement que sur des bénévoles surchargées.
Alors si vous avez un peu de temps, si votre faculté à vous émouvoir n’est pas complètement vitrifiée et surtout si vous êtes assistant(e) social(e), psychologue, étudiant(e) en quête d’un sujet de recherche et, pour couronner le tout, si vous êtes néerlandophone, n’hésitez plus, engagez-vous !
Adresses
En France : 31 rue des Lilas 75019 Paris. / E-mail ccem imaginet.fr En Belgique : ctms.ccem freebel.be




