Aline a quitté l’Afrique pour la France à onze ans, pour s’occuper des cinq enfants d’un couple. « Une vieille tradition africaine » dit son employeur, qui, la fillette grandissant, la harcèle sexuellement (encore une vieille tradition).
Des voisins alertés aident la gamine à s’enfuir. Son employeur la retrouve et la ramène. Le Comité Contre l’Esclavage Moderne (CCEM) est prévenu. Une action en justice est entamée. Aline a aujourd’hui 18 ans. Elle est sauvée.
Henriette a débarqué, il y a 5 ans, chez une Togolaise mariée à un Français, qui ensuite la « prête » à une amie mauritanienne. Là, Henriette dort par terre et travaille 15 heures par jour sans salaire. Une voisine de l’immeuble la croise dans l’escalier… et intervient.
Rachida est une petite Béninoise de 13 ans. Elle vit chez une compatriote qui la bat et l’oblige à travailler. Là encore c’est une voisine qui la rencontre sur le chemin de l’école où elle conduit les enfants de sa patronne et est frappée par son air terrorisé, ses haillons et les traces de coups sur son visage. Elle aide la fillette à se sauver, alerte la police qui prévient le Comité, et accueille l’enfant chez elle.
Après la mort de ses parents, Safia vit avec sa grand-mère en Somalie. Celle-ci est trop pauvre pour la nourrir et la confie à un oncle à Djibouti. Celui-ci s’en débarrasse auprès d’une certaine Naïma qui est employée à l’ambassade de Djibouti à Paris. Sofia et une autre petite fille de 8 ans se lèvent à 4 heures du matin et travaillent jusqu’à la nuit. Elles sont battues, malades, blessées, leurs plaies « désinfectées » à l’eau de Javel, et dorment sur un tapis dans une salle de bain sans chauffage. C’est là aussi qu’on leur jette les restes des repas familiaux. Safia arrive à s’enfuir. Le Comité engage des poursuites contre Naïma, mais se heurte à l’immunité diplomatique de celle-ci qui émigre au Canada. Safia vit aujourd’hui dans une famille d’accueil.
Ahmed est marocain. Pendant 3 ans, un de ses compatriotes l’a réduit en esclavage dans une boucherie en France, sans aucun salaire. Il dort par terre dans l’arrière-boutique. Il arrive à s’enfuir. Le boucher est incarcéré. Ahmed vit et travaille aujourd’hui avec la communauté Emmaüs.
« Sortez-les de l’ombre ». C’était le cri lancé par Amnesty International au moment de la campagne « Disparus ». Ce sont les mêmes mots qu’il faut crier aujourd’hui concernant l’esclavage domestique. Car ces travailleurs séquestrés sont tout aussi invisibles que les « disparus » des régimes dictatoriaux.




