Imre Kertesz - prix Nobel de littérature 2002
Premier auteur de langue hongroise à recevoir le Prix Nobel de littérature, l’écrivain et traducteur Imre Kertész a été distingué par l’Académie suédoise « pour une œuvre qui dresse l’expérience fragile de l’individu contre l’arbitraire barbare de l’Histoire ». Né dans une famille juive de Budapest en 1929, Imre Kertész a connu la déportation en 1944, à l’âge de 15 ans. Depuis 1953, il se consacre à l’écriture et à la traduction. Imre Kertesz a écrit sur son expérience de la Shoah, alors qu’il n’était qu’un adolescent, et il a notamment publié une trilogie « Etre sans destin » (1975), « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas » (1990) et « Le refus ».
« Hier, lors d’une espèce de conférence fort bête sur le thème fort bêtement défini comme Hungarian-jewish coexistence, un vieux monsieur s’est précipité vers moi, il avait le visage empâté et amorphe, il perdait ses cheveux par plaques comme les sièges élimés de certains canapés de velours : pas un de ses traits ne m’était familier. À ma grande surprise, il se jette sur moi et m’embrasse, puis se présente : c’est un ami que je n’ai pas vu depuis trente-cinq ans. Il vit à l’étranger. Il a entendu parler de moi, il lit mes livres. Il dit ne pas comprendre ma « métamorphose ». Autrefois il n’avait rien remarqué de particulier, je ne laissais pas paraître de « capacités supérieures », disons. Je me suis un peu excusé pour cette évolution inattendue, mais ses paroles m’ont vraiment bouleversé. J’ai toujours eu tendance, et aujourd’hui pas moins qu’avant, à me considérer comme un Jedermann qui, en tout cas d’un certain point de vue, n’a pas ménagé sa peine, surtout en ce qui concerne la lucidité. Quelles sont mes « capacités supérieures » ? Je n’ai pas suivi l’unique inspiration de ce pays : le chant incessant des sirènes du suicide spirituel, intellectuel et, pour finir, physique, ce qui dénote une certaine vitalité. Néanmoins, considérer ce minimum comme une victoire relèverait non seulement d’une grave imprudence, mais surtout d’un manque total de lucidité. Qu’est-ce qui a changé avec le « changement » ? Il n’y a plus d’exploitation ? J’ai été sauvé de moi-même ?
On m’a simplement rendu la condition minimale, ma liberté individuelle - la porte de la cellule où j’ai été enfermé pendant quarante ans s’est ouverte, certes en grinçant, et il se peut que cela suffise à me perturber. On ne peut pas vivre sa liberté là où on a vécu sa captivité. Il faudrait partir quelque part, très loin d’ici. Je ne le ferai pas. »
( Tiré de « Chronique d’une métamorphose » paru en 1999 aux Editions Actes Sud).
Cinéma et conflit - Evènement - Commission Proche-Orient et Culture
La salle du cinéma Arenberg était comble, le 10 octobre dernier pour assister à l’après-midi organisée par la Commission Proche-Orient et la Commission Culture. Deux films-facettes d’un sujet brûlant étaient présentés par Henri Sonet : « Intervention divine » du réalisateur palestinien Elia Suleiman et « Kedma » du réalisateur israélien Amos Gitaï. Ce dernier film n’est malheureusement pas sur nos écrans actuellement, c’était une projection unique, mais il est temps encore d’aller voir « Intervention divine ». Surtout ne le manquez pas, c’est un petit chef d’œuvre, d’ailleurs récompensé au dernier Festival de Cannes, par le prix du Jury.
Sous-titré « Chronique d’amour et de douleur », il est fait de courage, d’espoir et aussi, oui, plein d’humour... On est plongé d’abord dans le quotidien morne d’un village palestinien. On suit les rêveries d’un couple d’amoureux dont l’unique lieu de rencontre possible est le parking près d’un check-point.
Réponse à la tension omniprésente, « intervention divine » de la fin du film est une séquence qui peut sembler brutale, sorte de jeu vidéo comme il en existe tant, mais dont l’aspect fantastique désamorce justement la violence.
Le second film projeté, « Kedma », raconte les journées qui ont précédé la création d’Israël en 1948. Un groupe d’immigrants, rescapés de la Shoah, arrive clandestinement. Accueillis par l’armée de libération juive, pourchassés par les Anglais (le pays est alors sous mandat britannique) hommes et femmes sont déjà obligés d’apprendre à manier le fusil et la grenade. Tout est dans ce film, le passé et le présent. Le déracinement, la confrontation à des Arabes désemparés, eux aussi errants, chassés de chez eux, la certitude aussi de temps meilleurs.
Un échange entre le public et nos invités a terminé l’après-midi. Merci au professeur Bichara Khader,(Centre de recherches du monde arabe) et à Henri Liebman, (Union des progressistes juifs) pour leurs interventions de sagesse et d’espoir.




