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Des vies pour des diamants

dimanche 1er décembre 2002

Amnesty a exprimé il y a peu sa relative satisfaction quant à la garantie faite par la plupart des grands pays producteurs ou négociants de diamant, de la mise en œuvre du Processus de Kimberley [1]. Mais la réalité du terrain continue avec son lot de violations des droits humains liées à l’exploitation de ce précieux minerai. Chaque jour, le sang est versé dans les mines de diamants de la République démocratique du Congo (RDC) et nul n’en parle au sein de la communauté internationale. Amnesty dresse un sombre tableau de la situation sur place dans un récent rapport [2].

Dans la capitale, Kinshasa, le gouvernement se dit prêt, sans se heurter à la moindre opposition, à s’engager à respecter un système international de certification des diamants (convenu par le Processus de Kimberley) visant à briser les liens entre le trafic de diamants et les atteintes aux droits humains, tandis qu’à Mbuji-Mayi, plaque tournante du trafic de diamants dans le pays, des violences graves directement liées aux trafics sont commises chaque jour en toute liberté.

Exploitation minière illégale

Mukeba Muchuba était conscient des risques sérieux qu’il courait lorsqu’il a pénétré par effraction dans l’une des concessions minières les plus riches de la RDC en vue d’extraire illégalement des diamants. Quelques mois auparavant, un de ses meilleurs amis, Kabongo, avait été abattu après s’être introduit frauduleusement dans cette même concession, située à la périphérie de Mbuji-Mayi. Âgé de dix-huit ans, Mukeba Muchuba faisait partie d’un groupe de 10 personnes entrées dans la concession appelée le polygone, le 16 septembre 2001. Peu après leur arrivée, un groupe de gardes est apparu et a ouvert le feu sans sommation. Mukeba Muchuba a été touché à la tête et souffre depuis lors de troubles de l’élocution ; les autres membres du groupe sont parvenus à s’échapper indemnes. Chaque jour, des centaines de Congolais sans travail prennent des risques similaires dans les mines de diamants de Mbuji-Mayi. Et chaque jour, les gardes employés par la société minière de Bakwanga (MIBA) - la compagnie d’exploitation minière, pour une large part propriété de l’État, qui détient les concessions - tirent des dizaines de coups de feu en vue de dissuader les fraudeurs. Ces gardes ne sont pas formés aux méthodes de maintien de l’ordre et ont fréquemment recours à une force excessive.

Aucune statistique précise n’a été recueillie sur le nombre de personnes blessées ou tuées dans ce contexte, mais Amnesty International estime que, au bas mot, des dizaines sont abattues chaque année par les gardes de la MIBA. Un nombre bien plus élevé, plusieurs centaines de personnes probablement, sont blessées par balle. Aucune mesure n’est prise pour fournir une assistance médicale aux blessés. Ceux qui sont arrêtés sont emprisonnés sans inculpation dans des centres de détention non officiels à l’intérieur même des concessions. L’exiguïté de ces centres et le caractère déplorable des conditions sanitaires s’apparentent à des traitements cruels et inhumains.

Certaines de ces personnes finissent par comparaître devant un tribunal militaire et sont jugées dans le cadre de procès contraires aux normes d’équité. Les responsables de la MIBA cherchent à minimiser l’étendue du problème, arguant que, très occasionnellement, un « accident » se produit, au cours duquel un de ces fraudeurs est blessé ou tué, et que les gardes n’utilisent les armes à feu qu’en cas de légitime défense. Toutes les preuves disponibles vont à l’encontre de ces affirmations. Dans une minorité de cas, il se peut que les victimes soient armées ou entourées d’une escorte armée et représentent alors une menace pour les gardes. Mais la majorité des victimes ne sont pas armées et le recours aux armes à feu contre elles ne peut être justifié. Abattre quelqu’un dans ces circonstances revient à l’exécuter sommairement.

Justice

Malgré cela, aucun garde de la MIBA n’a, semble-t-il, été déféré à la justice pour avoir tué ou blessé une personne entrée illégalement sur une concession. Des responsables de la MIBA ont reconnu auprès d’Amnesty International que lorsqu’un fraudeur est tué, la compagnie n’enquête pas sur sa mort ; de même, des représentants de l’appareil judiciaire ont admis que sur les cinq décès survenus selon eux sur des concessions diamantifères au cours des deux derniers mois, une seule enquête était en cours. Autrement dit, les gardes de la MIBA agissent comme bon leur semble et tuent en toute impunité. Le gouvernement de la RDC doit agir dès maintenant pour mettre un terme aux violences associées au trafic des diamants. Amnesty International fait pression pour que des poursuites soient engagées contre tout garde de la MIBA soupçonné d’avoir abattu ou blessé des personnes présumées en infraction sur une concession.

Si un « diamant est éternel », la vie d’un être humain ne l’est pas et tout doit être fait pour qu’un terme soit mis à ces violations graves des droits humains.

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Notes

[1] Le Processus de Kimberley réunit 35 gouvernements, l’industrie du diamant et des représentants des ONG. Débuté en mai 2000, il tente de concevoir un système mondial de certification des diamants bruts. Voir les réserves d’Amesty quant aux dernières annonces du Processus : Sur notre site www.amnesty.be « le véritable coût des diamants ».

[2] « RDC : le commerce du diamant dans les régions de la RDC tenues par le gouvernement » (AFR 62/017/02)

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