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Paroles

De retour de l’enfer turc

Propos recueillis par S.Grumiau

vendredi 1er novembre 2002, par Samuel Grumiau

Voici les témoignages de deux femmes ukrainienne, Marina et Natalia, victimes d’un trafic d’esclaves sexuelles.

Marina, 19 ans, est originaire d’une petite ville dans la région d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine. Des trafiquants l’ont contrainte à la prostitution durant quatre mois en Turquie, l’une des principales destinations pour les filles ukrainiennes prisonnières de ces réseaux. Elle a eu la chance de pouvoir échapper aux mains de ses proxénètes. De retour en Ukraine, elle est accueillie par une ONG d’Odessa, « Faith, Hope, Love », qui gère un centre de réhabilitation pour victimes de la traite des êtres humains. Son histoire est typique du calvaire vécu par des centaines de milliers d’Européennes de l’Est, en Turquie, en Belgique ou dans de nombreux autres pays [Voir article.

« Lorsque j’ai terminé l’école secondaire, je souhaitais entrer à l’université, mais je n’en avais pas les moyens financiers. Je suis allée à Odessa, où j’ai rencontré un garçon que je connaissais un peu. Il m’a proposé de m’aider à gagner de l’argent. Il m’a présenté une femme moldave qui pouvait me trouver du travail en Turquie comme baby-sitter ou serveuse dans un restaurant. Elle s’est occupée de mes documents de voyage et m’a dit que quelqu’un m’attendrait au port d’Istanbul lorsque j’arriverais par bateau. Je suis partie le 1er mai 2002. Un homme turc, prénommé Ali, était effectivement là avec mon nom écrit sur un papier. Il m’a conduite dans un hôtel en me disant que c’était pour que je me repose un peu et prenne une douche avant d’aller chez mon employeur. Mais une fois dans la chambre, il a pris mes documents d’identité et m’a annoncé que je n’étais pas là pour être serveuse, mais pour me prostituer. Sans-papiers, dans un pays où je ne connaissais rien, pas même la langue, que pouvais-je faire ? Il m’a enfermée dans la chambre durant trois jours, le temps d’y amener cinq autres filles, principalement des Moldaves. Il nous a ensuite amenées à la maison du proxénète, où nous avons été violées. Les hommes menaçaient de nous frapper si nous refusions de collaborer, nous étions terrifiées. Les clients appelaient par téléphone, et un chauffeur nous conduisait à leur hôtel ou logement privé, puis nous ramenaient à la maison du proxénète. S’échapper pour se plaindre à la police était très difficile et risqué, car nous savons que certains policiers turcs violent les filles avant de les rendre aux proxénètes. Finalement, c’est quand même lors d’un contrôle de police que j’ai pu quitter cet enfer : la voiture du chauffeur a subi un contrôle banal, et j’ai été arrêtée parce que j’étais sans papiers. On m’a gardée en détention durant une semaine, puis la Turquie m’a renvoyée en Ukraine.

J’avais entendu parler des trafics avant de partir, mais je n’avais jamais pensé que ça pourrait m’arriver, car je connaissais le garçon qui m’a attirée dans ce trafic depuis Odessa. Je n’ai jamais imaginé qu’il puisse me faire ça »

Nathalia

« Je suis née en 1982 dans la région de Nicolaïev, dans le sud de l’Ukraine. A la fin de mes études secondaires, j’ai effectué quelques petits boulots comme serveuse dans des tavernes, puis vendeuse de cosmétiques. Je vivais chez mes parents, mais nous manquions d’argent. L’une de mes amies avait dans son entourage quelqu’un qui connaissait une femme russophone et habitant en Turquie, Tatiana, qui avait besoin d’une baby-sitter. Je lui ai parlé par téléphone, elle m’a expliqué qu’elle avait deux enfants à garder. La personne qu’elle connaissait en Ukraine m’a présenté un contrat sur lequel il était bien indiqué que je serais baby-sitter et rien d’autre. Je suis donc partie en Turquie en confiance.

A mon arrivée en Turquie, Tatiana m’a conduite chez elle, m’a présenté ses enfants, etc. Il y avait déjà deux autres filles ukrainiennes qu travaillaient pour elle dans cette maison. Le soir, elle m’a dit qu’un homme m’avait vu dans la cour de la maison et souhaitait m’inviter en discothèque. J’ai refusé et elle s’est fâchée. Le lendemain, elle m’a reparlé de cet homme et comme je refusais encore de le rencontrer, elle s’est remise en colère et a appelé par téléphone un autre homme, Denis. Il est venu à la maison. Il était très fort et parlait russe avec un accent. Il a voulu me faire monter dans sa voiture mais comme je refusais, il a commencé à me frapper très durement avec ses mains et avec un bâton. J’étais en sang quand il est parvenu à me faire monter dans sa voiture et m’a conduit chez un autre homme turc qui s’est avéré être mon premier client. Denis est parti, et l’autre homme m’a déshabillée puis violée. J’ai dû passer la nuit chez lui.

Le lendemain, Denis est venu pour me reconduire chez Tatiana. Là, il a déchiré mon carnet d’adresse et confisqué mon passeport. Il m’a traité de tous les noms, m’a dit que je finirais par obéir. Il m’a frappé sur les doigts, puis à grands coups de pieds sur tout le corps alors que j’étais tombée par terre. J’ai essayé de m’enfuir, mais il m’a rattrapée et m’a conduite chez un autre client. Ce client avait l’air « normal », j’ai essayé de lui expliquer que j’étais forcée à la prostitution, je lui ai montré les bleus et cicatrices sur mon corps. Il m’a offert un peu à manger, il avait l’air de compatir un peu, mais par la suite il a dit qu’il voulait avoir des relations avec moi. Je lui ai répondu que ça allait me faire très mal, alors il s’est fâché, est allé dans sa cuisine prendre un grand couteau, et m’a contrainte à la pénétration sous la menace de cette arme.

Lorsque Denis est venu me chercher, le client s’est plaint de mon comportement. J’ai été battue, puis conduite chez trois hommes qui m’ont pénétrée l’un après l’autre, dont un de façon anale. Je me suis évanouie sous la douleur et quand je me suis réveillée, j’étais enfermée dans la salle de bains. Ils m’ont gardé chez eux toute la nuit, puis Denis m’a reconduit à la maison de Tatiana. Il m’a contraint à lui faire une fellation puis a recommencé à me frapper parce que j’avais soi-disant sali son pantalon. Il m’a enfermée dans les toilettes et privé de nourriture durant toute cette journée. Les jours suivants, j’ai été emmenée de clients en clients. Certains promettaient de m’aider, mais ils ne faisaient rien.

On ne me donnait presque jamais rien à manger dans la maison de Tatiana. Un jour, j’ai ouvert moi-même le frigo mais Denis s’en est aperçu, il m’a battu et a voulu me contraindre à manger la nourriture du chat. Comme je refusais, il m’a de nouveau enfermée dans les toilettes pendant 24h. Il a ensuite voulu me conduire chez un client, mais je me suis évanouie dans la voiture car j’étais trop faible. Ils ont fait venu un médecin qui m’a donné des vitamines, mais j’ai à peine eu le temps de me reposer… Tatiana a dit qu’ils perdaient de l’argent à me voir allongée et le soir même, ils m’ont conduite chez un client, un jeune de 20 ans qui a eu pitié de moi, il m’a laissé dormir et m’a donné 10 $ de pourboire. Le lendemain, alors que Denis m’avait ramené à la maison, il était à nouveau en colère et s’est servi de sa ceinture pour me battre sur tout le corps. Quand il a arraché ma robe, le billet de 10 $ est tombé par terre, et il s’est fâché encore plus, disant que je lui cachais de l’argent. Il m’a ensuite conduite dans une maison où quatre hommes m’ont violée, ils rigolaient de moi et me donnaient un peu de nourriture quand je satisfaisais leurs perversions.

De retour à la maison de Tatiana, je suis devenue folle, j’ai essayé de me suicider avec le grand couteau de la cuisine, mais Denis me l’a arraché, puis il m’a longuement battue, il a même éclaté un vase sur ma tête. Le soir, Tatiana m’a amenée dans une discothèque en me menaçant, elle me disait qu’elle me tuerait si je ne lui rapportais pas d’argent cette nuit-là. Un homme turc de 23 ans s’est intéressé à moi et a payé Tatiana pour m’avoir chez lui une nuit. Il a montré beaucoup de compassion pour moi, et a décidé qu’il ne me ramènerait pas chez mes proxénètes. Ceux-ci ne savaient pas exactement où il habitait. Il m’a payé des soins médicaux, m’a appris un peu de turc. J’ai pu me reposer chez lui, il est même parvenu à me récupérer lorsque des amis de Tatiana m’avaient enlevé d’un magasin près de sa maison. J’ai vécu avec lui environ deux mois et demi. Un jour, nous avons été contrôlés par la police, j’ai été arrêtée parce que mon permis de séjour en Turquie était expiré. J’ai été déportée par bateau vers l’Ukraine, où je vis à présent. »

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6 Messages de forum

  • > De retour de l’enfer turc Le 7 mai 2003 à 22:22 , par une personne amoureuse de son pays

    si le texte est lu attentivement, il n’est pas difficile que tous les prénoms sont des prénomsd’origine ukraine ou russe ou n’importe quoi, je trouve cela scandaleux d’y mettre comme titre ’enfer turc" ce genre d’histoires arrivent partout et n’ont rien à avoir avec la Turquie ou les turcs même, !!!!
    De plus la prostitution ukraine ou russe est beaucoup plus répandu que la sois disant mauvaise réputation turc.

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  • > De retour de l’enfer turc Le 20 juin 2003 à 12:39 , par jacquemin

    Je déplore que le site d’amnesty, champion des droits de l’homme, nous serve un brouet aux relents xénophobes (mais pour amnesty, la turquie est une tête de turc commode et récurrente) à l’aide de titre racoleur indigne d’une ong de cette réputation. Le contenu de l’article mentionne une réalité qui n’est pas moins présente en Belgique qu’en Turquie . Si on doit déplorer la situation de nombreuses filles de l’Est exploitées dans des réseaux, merci de ne pas stigmatiser un pays entier au nom de l’information humanitaire.

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    • > De retour de l’enfer turc Le 2 septembre 2008 à 23:43 , par une personne amoureuse de l’Homme

      Et dire qu’il se trouve encore des ordures pour occulter des faits aussi ignobles derriere leurs preoccupations bassement nationalistes. Venir pinailler sur la forme du titre d’un article alors qu’on traite des etre humains comme on ne traterait pas un chien. A moins que ce soit une facon de detourner le debat afin de continuer a consommer de la chair fraiche en toute impunite ? Ce que j’espere simplement pour le peuple turc c’est que vous n’en soyiez pas, salauds !
      La traite des blanches (ah mince, les blanches c’est xenophobe alors disons des femmes, en esperant qu’on ne va pas me traiter de sexiste !) a malheureusement de beaux jours devant elle !

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  • > De retour de l’enfer turc Le 30 juin 2003 à 22:54 , par Samuel Grumiau

    En réponse aux réactions de Jacquemin et de la « personne amoureuse de son pays », je voudrais signaler que dans le même numéro de Libertés !, j’ai écrit un article sur le trafic des filles de l’Est à destination de tous les pays européens, un article où la Belgique est clairement mentionnée. Dommage qu’ils ne l’aient pas lu. Cet article est publié sur le site d’Amnesty à l’adresse http://www.amnestyinternational.be/...
    Par ailleurs, après plusieurs semaines d’enquête en Ukraine, de nombreuses rencontres avec les victimes et intervenants ukrainiens, il est apparu que si la Turquie est loin d’être le seul pays où les jeunes Ukrainiennes sont trafiquées, elle est l’un des pays dont les autorités font le moins pour lutter contre ces trafics, considérant bien plus les victimes comme des coupables à arrêter que comme des victimes à protéger. Une situation regrettable qui pourrait, nous l’espérons, évoluer dans un sens plus respectueux des victimes à l’avenir.

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  • De retour de l’enfer turc Le 24 novembre 2008 à 21:22 , par mimine

    a « une personne qui aime son pays »
    les turcs sont des salauds, des violeurs, l’état turc a commis de nombreux crimes impunis, dont le génocide arménien, mais parce que ce sont des musulmans, c’est mal vu de critiquer. De toute façon ça ne m’étonne pas vu que leurs femmes sont laides et poilues. Un jour les turcs paieront pour leurs crimes. Ton pays fait pitié et si tu l’aimes tant retourne chez toi !!

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  • De retour de l’enfer turc Le 3 mars à 23:49 , par Rahat

    A qui doit-on donner la parole ? A qui est destiné ce reportage ? A qui doit-on donner une place ? Je répondrai aux femmes, à ces femmes mal traités. A leur condition. Il faut informer, dénoncer afin de stopper ces actes immondes et inhumains. Personne n’est visé ici. Aucun pays n’est condammé ici. Les actes de ces hommes, de ses bêtes doivent être condammés. Car demain cela peut arriver à vos soeurs....

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