La crise économique, la désagrégation des liens familiaux, l’alcoolisme rendent les femmes russes particulièrement vulnérables à la violence conjugale. Le phénomène a pris des proportions endémiques à l’échelle de l’ensemble de la Fédération russe. À un point tel que les autorités ont bien dû reconnaître l’importance du phénomène. Selon leurs indications, 14.000 femmes sont tuées chaque année par leur époux ou par leur entourage. Une analyse comparative, basée sur des données de 1991, avait déjà mis en évidence le fait que les femmes russes risquent 2,5 fois plus d’être tuées par leur partenaire que les femmes américaines [1].
Malgré ce constat, les mentalités tardent à changer et les pouvoirs publics ne prennent que peu d’initiatives pour remédier au problème. Près de 50 versions d’une loi nationale visant à lutter contre la violence au foyer ont été soumises au Parlement, mais aucune n’a été adoptée. Aux termes de la législation russe, la violence au foyer ne constitue donc pas en soi une infraction, ce qui a suscité les critiques de la Commission des droits de l’homme de l’ONU qui estimait, en 1999, que le dispositif d’application des lois « crée des obstacles nombreux et importants » à la lutte contre la violence à l’égard des femmes.
La femme russe n’est pas seulement en butte aux violences domestiques, elle est aussi la principale victime des déficiences du système carcéral et du climat d’impunité dans lequel les forces de police opèrent.
L’enfer des prisons
« Les conditions de vie dans les établissements de détention préventive et les colonies pénitentiaires dépassent l’imagination et rappellent l’ère stalinienne », constatait récemment Amnesty.
En 2001, environ 40.000 femmes étaient incarcérées dans 35 colonies pénitentiaires et 20.000 autres dans des établissements de détention provisoire. L’absence d’hygiène et la surpopulation ont transformé ces centres en véritables foyers d’épidémie. Ainsi, lorsqu’elles ont leurs règles, les détenues ne se voient pas remettre de protection hygiénique et en sont réduites à utiliser des chiffons ou le rembourrage de leur matelas, comme a pu le constater une mission d’Amnesty. Le nombre de colonies réservées aux mineures est limité à trois établissements pour l’ensemble de la fédération. Conséquence : les liens avec leur famille et leurs proches deviennent pratiquement impossibles, ainsi que tout soutien matériel. En outre, les femmes ayant des enfants de moins de trois ans ne peuvent les voir quotidiennement car ils sont hébergés dans des locaux distincts. Quant aux femmes séropositives ou toxicomanes, elles ne bénéficient pas des soins adéquats.
Parallèlement, la prostitution connaît un essor sans précédent. Il a même été remarqué que des fillettes de huit ans à peine se vendraient dans certaines rues de Moscou pour acheter de la nourriture, des cigarettes ou de la vodka. Ainsi, les viols sont en augmentation constante et selon les indicateurs chargés d’établir des statistiques, les chiffres révélés ne reflèteraient qu’une partie de la réalité. La domination masculine pouvant s’exprimer sans trop de résistance, plusieurs réseaux de prostitution à destination de l’Europe de l’ouest occupent un marché florissant. Ainsi, des milliers de femmes russes passent les différentes frontières et se retrouvent sur les trottoirs des grandes métropoles d’Europe de l’ouest.
Une lutte contre l’impunité s’impose
Les autorités ne font guère plus de cas des défenderesses des droits humains et des journalistes indépendantes qui n’échappent pas à la violence étatique quand elles abordent le problème de la corruption.
Le climat d’impunité qui est appliqué à l’ensemble de la Russie, encourage les auteurs à continuer leurs abus, et dissuade les victimes de porter plainte. Des attaques racistes on également lieu dans les grandes villes de la fédération contre des femmes appartenant aux minorités ethniques (surtout du Caucase) dans l’indifférence des forces de police et des représentants judiciaires. Les policiers conseillent souvent aux victimes de porter plainte pour ...« hooliganisme ».
Quant à la situation des femmes en Tchétchénie même, le passage suivant tiré d’un rapport Amnesty en dit suffisamment long :
« Le 18 octobre 2001, des soldats russes ont pénétré dans la maison de Zeinap, une jeune femme de 30 ans, du village de Kurcheloy, pour y chercher son mari. Elle a été amenée dans un centre de détention et a subi des viols collectifs alors qu’elle était enceinte de 8 mois, d’où une fausse couche. Elle a été relâchée le 10 novembre en échange de 10 armes automatiques, demandées par les forces russes à la famille de Zeinap. Son mari a refusé de la reprendre comme épouse : Après eux, je n’ai pas besoin d’elle. Elle est sale maintenant… » [2].





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